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 1008 - N'oublie jamais - [Kurushimi Nanashi]

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MessageSujet: 1008 - N'oublie jamais - [Kurushimi Nanashi]   Sam 5 Avr - 19:33


1008
N'oublie jamais.




Tic, tac, tic, tac, tic, tac...

L'horloge émettait un son assourdissant, dans cette pièce vide. Vide de toute émotion, de toute pensée, de tout acte. C'était comme si nous étions la fin du monde, la fin des humains, la fin de lui, la fin de elle. L'enfer. L'enfer le dur, l'enfer le fort, l'enfer le brave, l'enfer le courageux, l'enfer le sadique, l'enfer le connard.
Alors le jeune homme était ensevelit sous ses couvertures, tremblotant de froid malgré la saison. Il avait déjà vécu l'enfermement un bon nombre de fois, parfois il s'y contraignait lui-même.. Il avait peur de sortir. Peur d'avoir chaud, de montrer sa peau, de faire sortir ses maux. Il commençait à ressentir une sorte de phobie sociale, surtout à l'égard des adultes et des hommes.
Traumatisme.

Tic, tac, tic, tac, tic, tac...

Bon sang, pourquoi avait-il installé cette horloge qui le sortait de sa courte somnolence ? Le seul moment de sa vie qu'il appréciait, c'était lorsqu'il pouvait rêver sans avoir peur de se réveiller aux côtés de son géniteur. Chose rare, très rare. Si rare qu'il en rêvait, qu'il souriait dans son sommeil.
Le jeune homme s'étira prestement, laissant ses bras couverts de cicatrices et d'hématomes sortir de la couette. Il haïssait son corps. Il était laid... Si laid. Tellement laid qu'il se sentait obligé d'arriver le premier dans les vestiaires pour ne pas montrer une telle horreur à ses amis. Il ne s'était jamais changé en présence des autres, et cela depuis presque... dix ans.

Il se mit rapidement en position assise, fixant le cadrant de l'horloge. Il affichait environ dix heures du matin. Surtout ne pas perdre le fil du temps... C'était sa règle de vie, ce qui lui permettait de dire qu'il avait une certaine intelligence. Ne jamais perdre le fil du temps. Sinon, c'est lui qui nous abandonne, qui nous perd, qui nous ronge et qui nous tue. Dans ce monde, le temps ne nous attendra pas. On aura pas le choix, on devra se relever, toujours et toujours. Car sinon, on est laissés derrière, ensevelis six pieds sous terre.  

Nanashi commençait à remarquer les faibles rayons de soleil qui traversaient le rideau fermé de sa chambre. Doucement, il s'extirpa de l'emprise de ses draps, voulant mettre quelque chose sur son dos. Un t-shirt, un sweat-shirt, une serviette, une couverture... Tout ferait l'affaire. Mais il opta pour une simple chemise blanche et un jean foncé. Ne surtout pas se montrer.

Cela faisait cinq jours qu'il s'était enfermé. Les réserves qu'il avait fait s'étaient épuisées, il ne survivait que d'eau depuis la veille au soir. La faim commençait à lui tirailler le ventre. Devrait-il descendre..? Il s'était enfermé car son paternel devait rendre son manuscrit demain, le onze août. Il ne voulait absolument pas le déranger... Sinon, qui sait ce qui lui arriverait ?

Il se dirigea vers la fenêtre et ouvrit les rideaux. Il fut d'abord ébloui par la lumière du jour, puis il sourit en respirant l'air frais. Il pourrait respirer comme ça pour l'éternité... À s'en déchirer les poumons. Un air comme ça, de bon matin, était délicieux à respirer. Il était synonyme de liberté, de courage, de fierté. Choses que Nanashi ne possédait plus depuis presque dix ans.

Le vent passait dans ses cheveux. Il s'autorisa à avoir un moment de répit, à fermer les yeux. Sur sa vie, sur son père, sur lui-même. Sur Seto, sur Akira, sur ses amis. Sur sa faiblesse, sur sa lâcheté, sur son être tout entier. Alors il s'envola, dans les cieux, dans le vide. Son esprit vagabondait entre les nuages, il volait, il jouait. Il vivait. Il existait.

Il fut sorti de sa transe par un bruit sourd, derrière sa porte. Il se retourna précipitamment, fixant le bout de bois d'un air hagard. Était-ce son bourreau ? Il recula jusqu'au rebord de la fenêtre. Avec un peu de chance, il s'était tellement bourré la gueule la veille qu'il avait fait un coma éthylique... Pourvu que ce soit ça.

Il n'entendait plus rien. Même pas un juron, une simple plainte, ou un quelconque mouvement. Rien. Que du vide.
Non, il y avait bien quelque chose. Ça hurlait. Ça lui hurlait de se tirer de là, de se sauver, de vivre sans rester enfermé. Ça hurlait. Il avait l'impression qu'il s'arrachait les cordes vocales. Peut-être qu'il s'époumonait pour le convaincre ? Ce hurlement fit un peu plus reculer le jeune Kurushimi.
C'était le silence qui hurlait.

Il essaya de respirer calmement malgré l'angoisse qui montait. Que pouvait-il faire ? Ah, si seulement il pouvait savoir... Qu'allait-il se passer s'il sortait ?

Tic, tac, tic, tac, tic, tac...

Était-il si peureux ? Si ça se trouve, ce n'était qu'un objet ! C'est en essayant de se rassurer qu'il s'avança vers la porte. Celle qui avait toujours l'air stoïque, qui le regardait sans aucune émotion, se dressant présomptueusement sur son passage. Il posa sa main tremblotante sur la poignée, la tourna lentement, et poussa le bout de bois.

Il n'y avait rien.

Il observa les deux côtés du couloir, sans trouver grand chose non plus. Et si ça venait d'en-bas ? Devrait-il y aller ? Sa curiosité l'empêcha de retourner dans sa cachette, alors il descendit rapidement les escaliers.

Il arriva bien vite dans le salon, plongé dans la lumière béante du petit matin. Rien ne semblait avoir changé. Alors, il se dirigea vers la cuisine. La faim commençait à faire gronder son ventre. Il mangea une simple pomme, avec un sandwich. Le nécessaire pour avoir le ventre à peu près rempli.
Où aller maintenant ? Il avait envie de sortir. De fuir cet enfer. Il ne voulait pas que son père ne se réveille lorsqu'il serait encore ici. Alors il enfila une paire de baskets, ouvrit la porte, et profita de l'air frais du matin.

Sans voir ni entendre la silhouette qui s'était cachée derrière le réfrigérateur. Elle avait été à à peine un mètre de lui, et pourtant, il ne l'avait pas remarqué. Dommage, sa journée aurait pu commencer d'une manière normale.

Tic, tac, tic, tac, tic, tac...

Il faisait chaud. Il faisait beau. Il faisait bon. Il faisait bien.
Nanashi marchait, ses mains enfouies dans les poches de son jean, la tête observant le ciel bleu, l'esprit vagabondant. Il n'avait pas eu à vivre les sévices du matin... Ça annonçait une belle journée ! Enfin, en perspective.

Il arriva bientôt à un carrefour, vers le centre de la ville. Les voitures passaient rapidement leur chemin, les rares passants déambulaient les rues tels des zombies vides de toute pensée. On était le matin, et il faisait environ vingt degrés déjà.
Il se perdit rapidement, étant donné que son esprit était trop serein pour se méfier du sadisme de la ville. Une petite ruelle, à l'abri des regards.

Il s'était rendu compte de l'endroit où il était lorsqu'il vit une porte juste devant lui, ayant pour numéro 107. Ses sourcils se froncèrent, et il dû rebrousser chemin. Étrange... Lui qui vivait depuis toujours ici, il n'avait jamais exploré ce coin-ci de Mekakushi.

Il vit une silhouette, juste devant lui. Il écarquilla davantage les yeux et stoppa sa marche. Cette chose devait être un être humain, de sexe masculin vu sa taille. Il faisait un ou deux centimètres de plus que lui. L'inconnu avait une capuche et un habit à manche longues sombres, comme une sorte de cape à la Harry Potter. Il devait avoir chaud, ce type !
Il n'arrivait pas à distinguer les traits de son visage, la capuche était trop enfoncée. Il fallait aussi noter que le soleil était juste derrière lui, ce qui n'arrangeait en rien cette vue sombre.

Il retint un soupir et continua sa route, passant juste à côté de lui sans un quelconque regard. Il devait être l'habitant de cet appartement. Bien qu'il était intrigué, il n'était pas inquiet. Il était ceinture noire de karaté, pratiquait le kendo et la boxe depuis son plus jeune âge... Il savait se défendre !
Enfin, sauf devant son père alcoolique qui n'a jamais fait de sport de combat.

Il entendit un rire derrière son oreille. Il voulut se retourner, mais trop tard.
Le noir et le vide avaient pris leur place dans son esprit.

Tic, tac, tic, tac, tic, tac...

Il avait une impression étrange. Un peu comme une gueule de bois, un lendemain d'une soirée bien arrosée. Ses neurones étaient en vrac, il peinait à se souvenir de la veille. Ou des précédents événements.
Enfin, ses yeux s'ouvrirent complètement. Il réalisa bien vite qu'il gisait par terre, à même le béton sale. Une odeur vint lui chatouiller le nez. Un mélange étrange ; pourriture, décomposition, acier, sang ? Désagréable... Surtout de bon matin !
Mais était-ce seulement le matin ?
Ça sent pas comme ça, chez moi, d'habitude...
Ses paupières parcoururent le plafond, d'où la peinture blanche tachée de matières non-identifiables à cause de la saleté s'effritait. À droite, un mur en béton brut. À gauche, le même mur en béton brut. Derrière, un autre mur en béton brut. Devant, un éternel mur en béton brut. Il pouvait distinguer une porte en bois massif, qui faisait le double de sa taille.
La seule et unique lumière venait d'une lampe couleur rouille, située au plafond, à plus d'un mètre de sa tête.

Il essaya de bouger ses bras, mais se rendit compte qu'ils étaient attachés. Il tenta de se lever, il chavire. À quatre pattes d'abord, puis à genoux, pour enfin tenir sur ses deux pieds. Il marche un peu, jusqu'à la porte, appuie, tape dedans avec son pied. Il n'y a pas de serrure interne.
Il est enfermé.
Son coeur s'extirpe lentement de sa léthargie, puis commence à battre un peu plus fort. Très fort.
Première certitude : il est dans la merde.
Mais qu'est-ce-que je fous là, putain ?
Son équilibre était encore précaire, il favorisa la position assise. Ses bras attachés derrière son dos n'arrangeaient en rien la situation. Il essaie de se souvenir. Comment est-il arrivé là ? Il n'y arrive pas. Le noir total.

Sa chemise blanche était d'une couleur grise-marron, son pantalon était sale ; sans doute l'avait-on trainé par terre.

« Putain ! Qu'est-ce-qui m'arrive..?
- Ça ne va pas, Kurushimi ? Tu as mal à la tête, peut-être ?»


Il sursauta. La voix venait de l'obscurité naissante, dans un coin de la pièce. Il tourna la tête sur sa gauche, déclenchant une douleur assassine dans ses cervicales qui craquèrent. Il plissa des yeux, et distingua une forme dans le fond de l'immense pièce vide.

« Qui êtes-vous..?
- Cela n'a aucune importance.»


Une voix forte, grave. Il réprima un frisson, observant d'un air hagard la silhouette approcher lentement de lui.
Il le reconnut. Un manteau noir, à la Harry Potter. Un sourire mêlant sadisme et désir. Plus grand que lui, environ quarante ans. Traits du visage durs, inexpressifs. Cheveux sombres, yeux émeraudes.

Il fut rapidement devant lui, à à peine deux centimètres. Ses sens furent tous à l'affut, ses deux yeux fixant éperdument l'inconnu.

« Pourquoi m'avez-vous enfermé là-dedans ? Si c'est une blague, c'est vraiment pas drôle !
- Tu vas gentiment me suivre. Car il n'y a pas que ta vie qui est entre mes mains, désormais..»


Il l'observa sans comprendre. Sa vie ? Entre ses mains ? C'était une caméra cachée, hein ?
La main du plus vieux attrapa son biceps, et il le redressa vivement. Il eu un vertige, eut l'impression de tanguer. Mais pas le temps de tomber, le plus vieux avait ouvert la porte d'une manière totalement inconnue, et le trainait derrière lui.

Des couloirs noirs, en cet éternel béton brut. Une ambiance morne, morte, vide. La saleté, les moisissures, l'humidité, le sang. La violence du plus vieux qui le traînait vers une seconde porte. Toujours la violence lorsqu'il l'a jeté derrière la porte, à même le sol. Encore la violence lorsqu'il l'a attaché au mur, avec des menottes, le frappant à plusieurs reprises lors de ses débattements. Le sang coulant de sa lèvre ouverte, de son crâne ayant cogné le mur en béton brut.

Un deuxième antagoniste fit son apparition, devant lui. Cette salle était semblable à la précédente, à un détail près : il pouvait deviner une autre forme attachée au mur en face de lui, dans la pénombre. Mais la discussion des deux inconnus fut de suite plus animée.

« Ah, ça faisait un mois qu'on en avait plus fait ! Je commençais à avoir les couilles pleines !
- Tu as tout ce qu'il te faut ?
- Bien sûr ! On va commencer par le petit nouveau... Héhé, je me demande quel note aura ses cris !»


Un frisson lui parcouru l'échine, tandis que ses yeux s'écarquillaient. Il rêvait, n'est-ce-pas ? Tout cela n'était qu'un simple cauchemar... Il vit quelque chose sortir de sa poche, qu'il sortit bien vite en sa direction. Son coeur se mit à bondir dans sa poitrine, son oeil habitué à la violence ayant immédiatement reconnu le danger.

« Déconnez pas avec ça... souffla l'enfant.»

Les deux hommes l'ignorèrent, comme s'il n'avait plus aucune liberté, comme s'il ne pouvait plus parler ou penser. Oui, un simple animal. Le deuxième homme, un peu plus gros, visage bien portant avec des joues assez rondes, brandit l'arme devant lui et n'hésita pas un seconde.
Le gel neutralisant et la décharge électrique le percutèrent de pleine tête, il s'effondra en hurlant.

« Il me semble que c'est un "la"... Ou un "si".»

Il gémit douloureusement, ses poignets soutenant tout le poids de son corps, recroquevillé sous la douleur. Il entend quelques bribes, mais ne voit rien. Il ne peut même plus bouger.

« Ça valait le coup de dépenser cinq cent balles pour cette petite merveille !»

Celui qui l'avait amené ici restait éloigné, observant la scène avec un micro sourire.
Ces gars sont des malades.

Il reçut une deuxième décharge dans les tripes, se contracta violemment, hurla à s'en arracher les cordes vocales. Oui, il avait connu ça. Merci papa. Mais seulement une fois, et sur la puissance minimale afin de ne pas alerter les voisins. Mais il avait l'impression de recevoir cent décharges électriques d'un coup, plus encore, mille éclairs.
Seuls ses râles déchirants et les rires des antagonistes résonnaient dans la salle, faisant trembler l'autre prisonnier, en face. Il leva difficilement les yeux et l'observa longuement, essayant de s'habituer à l'obscurité.

Puis, il vit ses cheveux blonds. Son sang ne fit qu'un tour.
Akira.
Il cauchemardait vraisemblablement.

Les deux hommes s'assirent devant lui, observant en silence son agonie en souriant.
Ses yeux ruisselèrent en silence, il respirait comme un asthmatique en phase terminale.
Et c'est au bout d'un quart d'heure que ses paupières se rouvrirent, et de ses yeux rouges sang, les larmes coulaient encore.

« Ça va mieux, Kurushimi ? Terrible, n'est-ce-pas ?»

Il perçu un cru de surprise de la part de son ex, de l'autre côté. S'il avait pu, il aurait sourit. Comment il connait mon nom, cet enculé ?
Il renifla, essayant de débarrasser ses poignets endoloris du poids de son propre corps.

« Bien. T'en veux encore, espère de fumier ?»

Il n'eut pas le temps de répondre. Il empoigna sa matraque, revint vers lui. Troisième décharge, plus violente. En pleine poitrine. Les hurlements s'enchainèrent, les rires se mêlant aux cris de leur victime.
À la dixième décharge, plus longue et plus douloureuse que toutes les autres, il perdit connaissance.

Nous sommes le onze août. Et son agonie vient à peine de commencer.

Tic, tac, tic, tac, tic, tac...

L'horloge lui semblait être encore là, à le toiser par rapport aux secondes d'agonie qu'il subissait à cet instant. Nanashi émerge, dans le noir, dans le froid, dans la soif, dans la faim. La douleur est d'autant plus horrible que ce qu'il avait connu jusqu'à maintenant. Sn corps était en feu. Les hématomes semblaient luire dans la pénombre, quelques scarifications se font sentir sur son torse. Sa chemise est à moitié déchirée. Les ecchymoses pourfendaient sa peau, qui était brûlée à quelques endroits. Apparemment, ils s'étaient bien amusés pendant sa léthargie. Le matin, le soir ? Quelle importance. Il avait perdu le fil du temps dès que son esprit avait plongé dans l'obscurité.

« Nanashi... Nanashi, c'est toi ?»

Cette voix. Oui, il n'avait pas rêvé. C'était bien cette salope qui était avec lui. Celle qui avait accepté ses sentiments pour ensuite lui dire ces choses... Le poussant au suicide.
Oui, c'était elle qui avait failli détruire sa vie. Apparemment, elle allait être détruite avec lui.
Ses yeux foncés scrutaient le corps saillant du plus grand, avec une certaine douleur dans le regard. Son visage semblait être peint par la terreur. Ses longs cheveux blonds étaient emmêlés et sales ; elle devait être ici depuis un jour ou deux de plus que lui.

« Oui, c'est moi.»

Le silence remplit la salle noire, vide, petite. Il a froid, froid comme pas possible. Il a faim, son estomac se contracte sans cesse. Il a mal, ses poignets se sont sûrement déboités à force de porter un corps inconscient. Il grelotte, malgré cette impression de fièvre. La faim lui torture les entrailles.
Bien qu'il aille un peu mieux, ayant finalement réussi à se remettre du traitement de la veille.
Arme d'autodéfense en vente libre dans n'importe quelle armurerie, car non létale. Merci pour ces précisions, papa.

« Pourquoi nous sommes ici..? souffla la jeune fille. Pourquoi nous deux..? Pourquoi ?»

Il souhaiterait une réponse satisfaisante à cette question. Il se contenta de regarder le sol jonché de saletés plus répugnantes les unes et les autres, laissant cette question suspendue au bout des lèvres de son interlocutrice.
La faim lui aspire les tripes. Le froid le ronge de l'intérieur.

Un bruit sourd retentit dans la pièce. Son tortionnaire, rond et petit, apparut devant ses gibiers de potence.

«Alors, Nanashi ? Comment ça va aujourd'hui ?»

La peur se mélangea à la fin, un bas, dans ses tripes, tandis que le bourreau approchait. Son visage se décomposa lentement lorsqu'il put détailler un peu plus son regard. Petits yeux, nez crochu, cheveux recoiffés en arrière, menton en galoche. Il semblait être la caricature du gros riche qui s'emmerdait à en mourir.

« La petite séance d'hier était sensationnelle, tu trouves pas ? Ils appellent ça le poing électrique ! Ça sonne bien, non ?»

Ça, pour affoler les sens, ça l'est.

« T'aimerais que je recommence ?
- Non...»


Sa voix était enrayée, défaillante, épuisée, il retenait un sanglot. Il aimerait pouvoir disparaître, passer au travers de ce mur et courir, courir à en perdre ses jambes. Courir à s'en couper la respiration, courir à se faire saigner les pieds.

« T'as raison, je vais m'occuper de la charmante demoiselle. C'est son tour.»

Et c'est bercé par des hurlements lointains que le jeune homme sombra dans le sommeil.

Tic, tac, tic, tac, tic, tac...

Au travers le tissu, le tortionnaire percevait les tremblements incessants de la bête traquée et agonisante qu'il venait de torturer. Son coeur bat beaucoup trop vite. La peur ou la douleur, sans doute un peu des deux.
L'adulte est contre le mur, près du jeune homme. En train de digérer quatre électrochocs successifs qu'il vient d'encaisser. Il l'a percuté pendant qu'il dormait imprudemment contre le mur, tandis qu'il prenait du plaisir à humilier la jeune fille en face de lui. Réveil agréable assuré.

« Je reviendrai demain, mes bouts de chou. Je vous apporterai une surprise, à tous les deux... Passez une agréable nuit.»

L'adulte s'éclipsa, laissant les deux adolescents seuls face à leurs angoisses. Akira, visage déformé par la honte et par les pleurs, était quasiment dénudée : pas la peine d'être un génie pour deviner les sévices qu'elle avait enduré.
Nanashi, la chemise ouverte sur son torse recouvert de ses anciennes cicatrices et les nouvelles blessures, essayait de reprendre une respiration normale. Il inspirait et expirait à la manière d'un asthmatique en phase terminale. Ses yeux, rouges sangs, parcouraient la pénombre à la recherche d'un quelconque danger.
On était quel jour ? Lundi, mardi, mercredi ?

Il n'avait pas mangé depuis 36 heures environ. Il n'avait pas bu, non plus. Il avait à peine dormi, ayant peur d'un réveil comme celui qu'il venait de subir.
Oui, il ne dormirait pas. La peur était trop présente, trop intense.

« Nanashi... murmura la jeune fille, un sanglot dans sa voix. Tu sais, je m'excuse pour... Il y a deux ans. Je ne sais pas ce qu'il m'a prit... Voilà, je voulais te le dire.»

Il redressa difficilement la tête, laissant couler une goutte de sang qui s'écrasa contre le bitume. Un fin sourire se dessina sur son visage, dessiné par la terreur et la douleur. Mais il ne répondit pas. Oh non, il ne répondra plus jamais.

Ses pensées s'étaient dirigées vers Seto. Ah, Seto... Je crois que je ne te reverrais plus jamais. Je commence à perdre mon humanité, ma confiance, mon savoir. J'ai déjà perdu mes droits, mes libertés, et la notion du temps. C'est à peine s'il me reste de l'espoir.
Si je survis, je vais les buter, ces enfoirés.

En temps normal, il était délicat pour Nanashi d'avoir de telles pensées. Il n'avait eu que rarement l'occasion d'insulter quelqu'un, même par la pensée. C'était sa toute première fois : Sa première fois dans le véritable enfer.
J'avais cru que c'était chez moi, mon domicile, l'enfer. Si jamais je sors de là, j'irais directement dans les bras de mon père. Je le jure devant dieu, même si je dois me faire enculer, ou tabasser par la suite ; je serais presque soulagé de revenir.

Si jamais il sortait de là.

Cette fois, il n'a pas pu dormir. En succombant à Morphée, il aurait sûrement succombé au froid. Il ne savait pas si le jour s'était levé, ou si on était en plein après-midi. Combien de degrés fait-il, dans ce terrier ? Dix... Peut-être moins.

Son seul repère reste le bruit assourdissant de l'horloge imaginaire de sa chambre, qui ne le quitte plus.
Tic, tac, tic, tac, tic, tac...

Treize août. Presque deux jours qu'il est ici, et il a l'impression que cela fait des mois et des mois qu'il subit la torture.
Il est mort de faim. Un peu plus tôt, l'homme qui l'avait emmené ici l'avait fait boire, ainsi qu'Akira. Il avait tellement soif que l'eau avait ruisselé sur sa gorge, longeant avec gourmandise son torse et quelques abdominaux légèrement dessinés.
Oui, on lui avait ôté son unique chemise durant la dernière série de coups qu'il avait enduré. Encore, il avait de la chance : Le porc n'avait pas encore abusé de lui. Il favorisait les jeunes et jolies jeunes filles...

Il essaya de réfléchir. Son père, s'inquiétait-il ? Ses amis avaient-il noté son absence ? Le recherchait-on ? Probablement, cela faisait maintenant deux jours qu'il n'avait pas donné un quelconque signe de vie.
Son estomac était rempli d'eau, camouflant que trop peu la faim qui lui creusait les entrailles.

Pourquoi ces types font ça ? Il n'a rien fait... Ah, qu'est-ce-qu'il ne donnerait pas pour savoir ce qui leur passe par la tête ! Et si ils avaient vécu un traumatisme..? Ou peut-être étaient-ils simplement malades. Des fous ! Et puis, si il sort de ce trou à rat... Comment va-t-il réussir à surmonter ça ? Arriverait-il à vivre normalement ? Ah, si seulement il avait su ce qui l'attendait... Si il ne s'était pas perdu, rien de tout cela ne serait arrivé !

Non... Ils connaissaient son nom. Entier.
Oui, ils étaient chez lui bien avant qu'il ne quitte la maison. Le bruit, c'était eux. Ou lui. Ou l'autre.
En tout cas, son paternel n'avait rien remarqué. Bravo, chers bourreaux. Il faudra un jour que vous m'appreniez votre discrétion, car lorsque je rentre, mon géniteur le sait irrévocablement !

Un bruit attira son attention. La jeune fille dormait encore, alors c'était la grosse patate qui venait d'entrer. Il ne bougea plus, essaya de respirer le plus calmement et le plus discrètement possible pour qu'il oublie sa présence. Il le suivit des yeux. L'adulte souriait d'un air satisfait, touchant sans retenue la peau laiteuse et blessée de la jeune fille.

Le visage du jeune homme pâlit lorsqu'il la vit à moitié dénudée. Il s'était toujours assoupi lorsqu'il profitait de son corps... Il fixa la scène avec effarement jusqu'à ce que le cri de la fille qu'il avait aimé déchire le silence du petit matin.

Son visage se tordit sous la colère. Il tira sur ses chaînes, en colère. Il tira ses poignets, encore en colère. Il tira cette ferraille crasseuse, toujours en colère. Il n'était que colère, la représentation même de la colère de l'humanité. Il était toujours en colère, il se mettait très vite en colère et il sombrait souvent dans la colère.

Ses muscles se contractèrent en un unique spasme et sa bouche s'ouvrit. Alors il hurla, à s'en arracher les cordes vocales. Il hurla pour l'arrêter. Il hurla pour se convaincre que ce n'était qu'un cauchemar. Il s'époumona pour l'éloigner, lui faire peur. Il n'était plus qu'une bête saillante, aux aguets, prête à bondir sur sa cible à n'importe quel moment. Dommage que celle-ci soit attachée.

L'adulte sursauta, laissant un peu de répit à la jeune fille qui tremblait de terreur. Il vociféra quelques insultes envers le jeune homme, dont les cris se faisaient moins puissants.
Il sut rapidement qu'il était en train de pleurer.
Ses cris se faisaient moins puissants, contrairement aux sanglots qui augmentaient. Les larmes ruisselaient sur ses joues, déambulant sur sa peau pour s'échouer lamentablement sur le bitume couvert de sang et de saletés. Le sang ruisselait des récentes blessures, mais surtout de ses pauvres poignets déboités par ces entraves. À force se tirer dessus et de supporter son poids quasi-mort, ils n'avaient plus trop la forme...

Malgré les larmes qui brouillaient sa vue, il remarqua un sourire de la part de l'adulte, qui détacha de suite la gamine. Sous son regard étonné, il lui donna plusieurs coups avant de se rapprocher du jeune homme, qui observait la scène avec impuissance.

Il passa violemment sa main dans ses cheveux blonds, et approcha sa tête couverte de bleus et des plaies vers le visage terrifié de son camarade. Le visage de la jeune fille semblait représenter un mélange d'effroi et de douleur, celui du jeune Kurushimi, un mélange de terreur et de souffrance.

« Bah alors, tu veux voir le spectacle de plus près, petit pervers ? Ça te ferait bander, hein ? Je comprends tu sais, je suis passé par là moi aussi ! Nous sommes des hommes après tout.
- Lâchez-là... hurla le "petit pervers". Lâchez-là tout de suite !»


Il ignora la supplication et commença à déshabiller entièrement la jeune fille, qui se débattait, hurlait, pleurait.
Nanashi sanglotait, lui aussi.
Pourquoi je suis si impuissant face à une telle enflure..?

Comme pour le ramener à la réalité, l'horloge se mit à résonner parmi les cris de désespoir, de douleur et de jouissance.

Tic, tac, tic, tac, tic, tac...

Quatorze août. L'enflure avait joué avec l'innocente jeune fille toute la nuit, et frappait le jeune homme lorsqu'il sombrait dans le sommeil, malgré lui. Il avait jugé avoir causé assez de dégâts pour la nuit, et était reparti après avoir attaché Akira. Celle-ci sanglotait encore, serrant ses cuisses l'une contre l'autre pour essayer d'essuyer le sang qui avait coagulé.
Son visage était trempé de larmes. Son corps était sale, à présent, ô tellement sale.  

« Nanashi... Je t'en supplie, je veux mourir...»

D'énormes cernes soulignaient le regard de Kurushimi. Ils faisaient tous deux peine à voir.. Il n'avait mêle pas le courage de relever le regard vers son corps dénudé.

« Non, tu ne dois pas mourir. Je ferais en sorte que ça n'arrive pas.
- Comment veux-tu me sauver, si t'as même pas été fichu de me protéger, hier ?!»

Il baissa encore plus les yeux, encaissant en silence. Oui, elle avait de quoi lui en vouloir... Après tout, c'était sa faute s'il l'avait détaché. Normalement, il se serait vidé les couilles une fois et ça aurait été fini. Là, ça avait duré toute la nuit...

« Désolé.»

C'était la seule chose qu'il pouvait dire. Être désolé d'être si incompétent. Mais contre un monstre, contre le diable en personne, qui serait capable de quoi que ce soit ?
Et il avait faim, tellement faim. Cela faisait bien soixante-cinq heures au moins qu'il n'avait pas bouffé quelque chose. Cette faim aspirait ses entrailles, pliait ses tripes en quatre, en huit puis en seize. Il avait froid. Ça le tétanisait, le congelait, le faisait mourir.

D'un côté, elle avait raison. Survivre ou mourir ? Le choix était vite fait. En sachant qu'ils resteraient des semaines entières, voir des mois dans ce terrier, à pourrir... Ça le rendait dingue.
Putain, pourquoi il s'était levé, ce matin là ?
Le dix août, la date à laquelle ses libertés ont été abolies.
Reste à savoir si il finira la semaine.

Tic, tac, tic, tac, tic, tac...

« Et bien, Nanashi ? Tu sais, il est délicieux, ce sandwich. T'es sûr de pas en vouloir un bout ?»

Le premier homme, le plus grand et le plus fin, le toisait du regard avec un sandwich jambon-fromage dans la main. Son estomac se tournait, se retournait, criait face à ce supplice. Il avait l'air d'une bête ne s'étant pas nourrie pendant plus de deux ans.

« Excuse-toi pour hier soir et il est à toi.»

Il ouvrit la bouche, mais aucun son ne sortit. Sa gorge était sèche, bien trop sèche. En face, Akira s'était endormie depuis deux heures déjà.

« Je... Je suis sincèrement désolé... souffla-t-il d'une voix rauque.
- Tu vois, quand tu veux !»

Il lança le sandwich à ses pieds, et partit le sourire aux lèvres. Il eut envie de crier, de hurler, de chialer comme un gosse. Il était attaché. Et le sandwich était trop loin pour qu'il ne puisse l'attraper par ses propres moyens...

Tic, tac, tic, tac, tic, tac...

« Il est temps pour toi.»

L'adulte fixait le jeune homme depuis maintenant dix bonnes minutes, louchant sur chaque partie dénudée de son anatomie. Le plus jeune n'avait même plus la force de rougir du fait qu'il soit nu devant des personnes. Il sortit de sa poche un porte-plume et une épingle, pendant qu'un sourire étirait ses lèvres.

Alors il s'approcha, ses chaussures résonnant dans la salle vide. Vide de toute autre personne qu'eux deux. Nanashi ne savait pas où était passée Akira ; il ne voulait pas le savoir.

« Ne bouge pas, sinon je serais obligé de t'assommer.»

Le jeune homme redressa difficilement la tête. Des cernes soulignaient ses pauvres yeux noirs, vides de toute émotion, de tout espoir. Ses cheveux étaient sales, la crasse, le sang, les plaies et les hématomes recouvraient son corps. Il tremblait, malgré l'ordre de son tortionnaire.
Il le vit planter l'épingle dans ce qui lui semblait être de l'encre de chine, puis le noir.
Il avait reçu un coup sur la tête.

Deux heures plus tard, nous pourrons lire juste en dessous de sa clavicule gauche : 1008
Puis, juste au dessus de ce numéro, une inscription. Un autre tatouage, à l'encre noir, inscrit dans sa peau et dans sa chair pour le restant de sa vie. Une écriture italique, calligraphique, comme dans les livres de contes. Une écriture belle, mais destructrice.

N'oublie jamais.


Tic, tac, tic, tac, tic, tac...



Les cris de Akira l'avaient réveillé. Sa clavicule gauche le piquait, le grattait affreusement. Se redressant avec effroi, il observa la scène avec effarement. Un couteau à la main, le plus gros du duo était en train de plonger sa lame dans l'appareil génital de la jeune fille. Les hurlements lui déchiraient les tympans, il fit une grimace de dégout. Si il avait pu, il aurait vomit son repas. Mais il n'en avait pas eu depuis quatre jours. Faute de moyen, la bile sortit de sa bouche, accompagnée d'une onomatopée écoeurante.

L'autre homme entra dans la pièce, souriant au jeune homme. Il s'approcha suffisamment de lui pour qu'il puisse entendre, les hurlements en guise de fond :

« Belle journée, n'est-ce-pas ?»

Un café à la main, il souriait en observant le spectacle que lui offrait le plus gros. Le regard du jeune homme se posa misérablement sur la tasse contenant le liquide chaud. Il se mit à baver, devant un simple café. L'adulte le devina, et lui tendit la tasse.

« Cadeau.»

Il eut envie de pleurer devant cette "gentillesse". Il ne se posa aucune question lorsque l'adulte porta à ses lèvres le breuvage, et qu'il coula dans sa gorge. Il fit un grimace : c'était acide, très acide. Acide et amer. Mais la chaleur du liquide réchauffait ses poumons gelés.

« Merci beaucoup...»

Il en oublia, un instant, les hurlements de Akira, le couteau sanglant, et le sang coulant à flot. Le sourire du pus grand s'agrandit.

« Pourquoi tu as fais cette tête en le buvant ? Il n'était pas bon ?
- Un peu amer...
- Ah, c'est le problème avec la strychnine...»


Il écarquilla les yeux avec effroi, observant son interlocuteur d'un air hagard.

« Oui, Nanashi. Tu sais, ce qu'on met dans la mort-aux-rats...»

Il continua de le fixer, hébété. Ce n'est pas possible.

« Vous... Vous avez mis de la...
- Oui, de la strychnine. Dans ton café.»


Ses yeux commencent à se dilater d'épouvante, pendant que son sourire s'agrandit. Il porta les yeux sur sa montre.

« Ça ne devrait plus tarder, maintenant... L'effet commence dix à quinze minutes après ingestion.»

Son cerveau était paralysé. Comment réagir face à cela ? Il essaya de vomir, en vain. Ses entrailles, habitués à l'inaction, refusent de rendre le peu qu'elles contiennent. Il suffoqua, plus sous la terreur que sous la toxine. C'est impossible, il a pas fait ça... C'est un cauchemar !

« Tu veux savoir ce qui va se passer ? D'abord, tes sens vont se mettre en alerte. Toutes tes perceptions vont s'aiguiser, s'intensifier. La vision, l'ouïe, l'odorat, le toucher, le goût... Chaque bruit va prendre des proportions gigantesques, chaque lumière deviendra aveuglante... Après, vont arriver les spasmes musculaires. Ça commencera par la tête, le visage, la nuque. Pour atteindre ensuite chacun de tes muscles, en particulier ceux de l'épine dorsale. Tes pupilles vont se contracter, tu vas avoir des sueurs froides... Des convulsions violentes, aussi. Les crises vont se rapprocher, jusqu'à ce qu'elles ne cessent plus.»

Il l'observa avec un sourire. Il ne bougeait plus, tétanisé.

« Oh, tu vas avoir terriblement froid aussi. L'impression de geler de l'intérieur ! Pour déclencher une crise, il suffira d'un quelconque bruit, ou que je te touche... À aucune moment tu ne perdras connaissance. Tu resteras conscient, jusqu'au bout ! Tu sais, j'ai choisis ce poison car c'est celui qui entraîne la mort la plus atroce... La plus douloureuse aussi. Et vu la dose que j'ai versée, le supplice devrait durer entre neuf et dix huit heures. Tu seras mort demain, le quinze août.»

Un malade. Totalement taré. Soudain, ses poings se crispent, il bouge, essayant de se défaire de ces entraves diaboliques. Un flot d'injures provoqua l'hilarité du plus vieux, ce qui fit cesser toute activité dans la salle.
Pendant qu'il hurlait, son regard se posa sur Akira. Enfin, sur ce qui était sensé rester d'elle.
On pouvait compter ses plaies sur chaque surface de sa peau. Son visage était assez abîmé pour provoquer une grimace de dégoût. Son nez avait été coupé, ses joues entaillées, ses yeux à moitié brûlés. Tout son petit corps tremblait, elle semblait être à bout.

Il continua sa lutte désespérée jusqu'à ce qu'il ne s'arrête. Soudainement, comme si son corps n'était plus qu'un mur. Les deux adultes se mirent à sourire lorsqu'il mit une main à son abdomen, se pliant en deux, puis s'effondre comme il le pouvait à genoux. L'un des deux bourreaux s'approcha de lui et le libéra de ses entrailles, l'écrasant au sol. Il était à quatre pattes, suffocant.

« Ça commence enfin ?»

Le visage de Nanashi se tordit d'une manière macabre, sa nuque se tendit. Sa respiration accélérait encore, semblable à celle d'un asthmatique en phase terminale.
Il roula sur le dos, tout son corps crispé. Sa mâchoire, ses poings... Son corps tremblait, ses yeux étaient exorbités. Démesurément exorbités. Les larmes coulent d'elles-mêmes, s'effaçant sur le bitume sale.

« Impressionnant...
- Voir les effets en vrai, c'est terriblement amusant..»


Il roula sur le côté, repliant ses jambes sur lui-même. Il gémissait des choses incompréhensibles. La première crise arriva, toute sa musculature fut tétanisée. Il s'appuyait sur le sol au maximum, hurlait de douleur.
Ça dure deux minutes. Une éternité.
Alors, il se décontracte lentement, se repliant sur lui-même. Les soubresauts étaient toujours là, les gémissements tragiques emplissaient encore toute la salle. Il essaie de fermer ses yeux trempés, la faible lumière de l'ampoule rouillée lui semblait aveuglante.

« C'est terrible, hein Kurushimi ?
- Il nous entend au moins ?»


Il l'entendait si bien qu'il avait l'impression de n'entendre que lui. Ça déclencha une deuxième attaque, qui amusa les deux tortionnaires.

« Les nerfs à fleur de peau... Ça lui convient tellement bien !»

Il n'arrivait même plus à crier tellement ses mâchoires étaient crispées. Sa colonne vertébrale se plia dans le mauvais sens, il suait des larmes glacées.
Au bout d'un moment, le plus gros des deux eut un mouvement de recul. Lui qui avait pourtant accompli les choses les plus atroces, il commençait à douter du fait qu'il allait supporter cette vision. Son acolyte lui jeta un regard. Terrifiant, noir, fou.
Et merde, il est encore là, lui.

Le jeune de seize ans sortit vivant de sa deuxième crise. Ses dents s'entrechoquaient violemment, le froid commençait à le consumer.

« Nanashi, j'ai l'antidote dans ma poche, tu sais... Alors avoue. Avoue tout ce que tu lui as fais.»

Une troisième crise, d'autant plus terrifiante que les précédentes. Ils eurent tout deux un mouvement de recul. On aurait dit un pantin désarticulé, un marionnette possédée. On pourrait avoir l'impression qu'il va se briser en mille morceaux, dans un ultime spasme.

« Avoue et je te donne l'antidote !»

L'adulte le plus grand avait hurlé, sous le regard hagard du deuxième. Avouer quoi ? Lui-même ne savait pas de quoi parlait son acolyte. Avait-il quelque chose à régler avec lui ?

« Allez fumier !»

Il lui donna un coup dans les hanches. Dès lors, la quatrième suivit la précédente. Il devint aussi raide qu'un cadavre, il s'étranglait. Ses voies respiratoires se bloquaient, ne laissant qu'un minime filet d'air remplir ses poumons. Il sentait déjà son coeur battre un peu moins vite, un peu moins fort, d'une manière un peu moins vivante.

Il se tut pour le soulager un peu. Ses muscles se décontractèrent un peu, quelques parties de son corps purent toucher le sol.

C'était passé vite pour les bourreaux, mais pour le jeune homme, cela durait depuis une éternité. Il était minuit, à présent.
Il n'allait pas tarder à crever.

Le plus vieux poussa un cri de rage, suivit d'un "Je vais te laisser crever comme une chienne, enfoiré !" qui déclencha une cinquième crise chez l'adolescent. Seule sa tête et la pointe de ses petites pieds nus touchaient le sol, le reste restait en l'air d'une manière macabre, se tordant, se contractant, se tendant.
Sa figure devint bleue, ses lèvres violettes. Ses yeux devinrent rouges, sa respiration plus rare.

On aurait dit un poisson qui venait d'être pêché, bondissant sur la terre ferme, rebondissant d'une manière pathétique, combattant avec une mort évidente.
Oui, Nanashi était convulsé par la mort.

Soudainement, d'autres bruits de pas se firent entendre dans la bâtisse inconnue. L'un des adultes put entendre un "Police, ne bougez plus !", avant de virer au pâle.

« On se tire, Ginsuke ! Les flics sont là !»

Le plus gros partit en courant vers le fond de la salle, redressant un tapis dissimulé sous la crasse, faisant tomber une boîte de pilules. Ils avaient la figure blême, le teint livide, le coeur bondissant, la peur accrochée aux tripes.

Alors le tortionnaire adressa un dernier regard à sa victime qui se convulsait avant de courir vers son acolyte, faisant tomber une seringue à terre.

« Putain de merde !
- Laisse tomber, on a plus le temps !»


Les deux silhouettes disparurent dans la sombre pénombre. Le jeune homme, prit d'un élan d'espoir, essaya de tendre sa main crispée vers la seringue qui était à un mètre de lui.
Plus que quelques centimètres avant de réussir à l'attraper.
Il entendit une porte claquer, ce fut sa sixième crise.
La dernière.

Ce qu'il voulait vraiment..? Cette question était restée sans réponse depuis sa naissance. À part des voeux stupides de mort ou de délivrance, il n'avait jamais souhaité quelque chose d'aussi fort jusqu'à aujourd'hui.

Sa curiosité était à l'affut.

Il voulait tout savoir. Le nom complet de ses bourreaux, peut-être pour les retrouver et se venger. Ce qui les avait poussé à faire ça, que ce soit un évènement passé ou futur. Peut-être quelques informations complémentaires, juste pour en savoir un peu plus sur leur être.
Mais surtout, il voulait savoir ce qui faisait d'eux des criminels. Il voulait savoir à quel point ils étaient dangereux, haineux, peu fréquentables et détestables.
Oui, Nanashi voulait savoir.
Et jamais il n'avait voulu autant savoir qu'aujourd'hui.

Tic, tac, tic, tac, tic, tac...

Les policiers étaient autour du médecin légiste et du cadavre frais d'un jeune garçon. Ils avaient tous un air à la fois hagard et apeuré par ce que le médecin venait de leur apprendre sur la mort du jeune garçon.

« Depuis combien de temps..?
- Il est mort il y a trente minutes, une heure au grand maximum.»


Tic... Tac... Tic... Tac... Tic... Tac....

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MessageSujet: Re: 1008 - N'oublie jamais - [Kurushimi Nanashi]   Mar 8 Avr - 9:14


1008
N'oublie jamais.



Tic, tac, tic, tac, tic, tac...

Jour 2

Les cris de la jeune fille l'avaient réveillé. Sa clavicule gauche le piquait et le grattait. Une douleur assez présente se faisait sentir à cet endroit. Il se redressa avec effroi, observant la scène avec effarement. Un couteau à la main, le plus gros du duo était en train de plonger sa lame dans l'appareil génital de la jeune fille. Les hurlements lui déchiraient les tympans, il fit une grimace de dégout. Si il avait pu, il aurait vomit son repas. Mais il n'en avait pas eu depuis quatre jours. Faute de moyen, la bile sortit de sa bouche, accompagnée d'une onomatopée écoeurante.

L'autre homme entra dans la pièce, souriant au jeune homme. Il s'approcha suffisamment de lui pour qu'il puisse entendre, les hurlements en guise de fond :

« Belle journée, n'est-ce-pas ?»

Le jeune homme fronça les sourcils. Il avait une impression de déjà-vu... Un café à la main, il souriait en observant le spectacle que lui offrait le plus gros. Le regard du jeune homme se posa misérablement sur la tasse contenant le liquide chaud. Il se mit à baver, devant un simple café. Mais son coeur se convulsa, comme lorsqu'il avait peur. Peur du café ? Quelle absurdité !
L'adulte le devina, et lui tendit la tasse.

« Cadeau.»

Il eut envie de pleurer devant cette "gentillesse". Mais dans son esprit, il y avait trop de coïncidences.
Oui, il avait déjà vu cette scène. L'adulte porta à ses lèvres le breuvage, il coula dans sa gorge. Il fit une grimace : c'était acide, très acide. Acide et amer. Mais la chaleur du liquide réchauffait ses poumons gelés.

« Merci beaucoup...»

Il en oublia, un instant, les hurlements de Akira, le couteau sanglant, et le sang coulant à flot. Le sourire du plus grand s'agrandit.

« Pourquoi tu as fais cette tête en le buvant ? Il n'était pas bon ?
- Un peu amer...
- Ah, c'est le problème avec la strychnine...»


Il écarquilla les yeux avec effroi, observant son interlocuteur d'un air hagard.

« Oui, Nanashi. Tu sais, ce qu'on met dans la mort-aux-rats...»

Il continua de le fixer, hébété. Ce n'est pas possible.

« Vous... Vous avez mis de la...
- Oui, de la strychnine. Dans ton café.»


Ses yeux commencent à se dilater d'épouvante, pendant que son sourire s'agrandit. Il porta les yeux sur sa montre.

« Ça ne devrait plus tarder, maintenant... L'effet commence dix à quinze minutes après ingestion.»

Son cerveau était paralysé. Comment réagir face à cela ? Il essaya de vomir, en vain. Ses entrailles, habitués à l'inaction, refusent de rendre le peu qu'elles contiennent. Il suffoqua, plus sous la terreur que sous la toxine. C'est impossible, il a pas fait ça... C'est un cauchemar !

« Tu veux savoir ce qui va se passer ? D'abord, tes sens vont se mettre en alerte. Toutes tes perceptions vont s'aiguiser, s'intensifier. La vision, l'ouïe, l'odorat, le toucher, le goût... Chaque bruit va prendre des proportions gigantesques, chaque lumière deviendra aveuglante... Après, vont arriver les spasmes musculaires. Ça commencera par la tête, le visage, la nuque. Pour atteindre ensuite chacun de tes muscles, en particulier ceux de l'épine dorsale. Tes pupilles vont se contracter, tu vas avoir des sueurs froides... Des convulsions violentes, aussi. Les crises vont se rapprocher, jusqu'à ce qu'elles ne cessent plus.»

Il l'observa avec un sourire. Il ne bougeait plus, tétanisé.

« Oh, tu vas avoir terriblement froid aussi. L'impression de geler de l'intérieur ! Pour déclencher une crise, il suffira d'un quelconque bruit, ou que je te touche... À aucune moment tu ne perdras connaissance. Tu resteras conscient, jusqu'au bout ! Tu sais, j'ai choisis ce poison car c'est celui qui entraîne la mort la plus atroce... La plus douloureuse aussi. Et vu la dose que j'ai versée, le supplice devrait durer entre neuf et dix huit heures. Tu seras mort demain, le quinze août.»

Un malade. Totalement taré. Soudain, ses poings se crispent, il bouge, essayant de se défaire de ces entraves diaboliques. Un flot d'injures provoqua l'hilarité du plus vieux, ce qui fit cesser toute activité dans la salle.
Pendant qu'il hurlait, son regard se posa sur Akira. Enfin, sur ce qui était sensé rester d'elle.
On pouvait compter ses plaies sur chaque surface de sa peau. Son visage était assez abîmé pour provoquer une grimace de dégoût. Son nez avait été coupé, ses joues entaillées, ses yeux à moitié brûlés. Tout son petit corps tremblait, elle semblait être à bout.

Il continua sa lutte désespérée jusqu'à ce qu'il ne s'arrête. Soudainement, comme si son corps n'était plus qu'un mur. Les deux adultes se mirent à sourire lorsqu'il mit une main à son abdomen, se pliant en deux, puis s'effondre comme il le pouvait à genoux. L'un des deux bourreaux s'approcha de lui et le libéra de ses entrailles, l'écrasant au sol. Il était à quatre pattes, suffocant.

« Ça commence enfin ?»

Le visage de Nanashi se tordit d'une manière macabre, sa nuque se tendit. Sa respiration accélérait encore, semblable à celle d'un asthmatique en phase terminale.
Il roula sur le dos, tout son corps crispé. Sa mâchoire, ses poings... Son corps tremblait, ses yeux étaient exorbités. Démesurément exorbités. Les larmes coulent d'elles-mêmes, s'effaçant sur le bitume sale.

« Impressionnant...
- Voir les effets en vrai, c'est terriblement amusant..»


Il roula sur le côté, repliant ses jambes sur lui-même. Il gémissait des choses incompréhensibles. La première crise arriva, toute sa musculature fut tétanisée. Il s'appuyait sur le sol au maximum, hurlait de douleur.
Ça dure deux minutes. Une éternité.
Alors, il se décontracte lentement, se repliant sur lui-même. Les soubresauts étaient toujours là, les gémissements tragiques emplissaient encore toute la salle. Il essaie de fermer ses yeux trempés, la faible lumière de l'ampoule rouillée lui semblait aveuglante.

« C'est terrible, hein Kurushimi ?
- Il nous entend au moins ?»


Il l'entendait si bien qu'il avait l'impression de n'entendre que lui. Ça déclencha une deuxième attaque, qui amusa les deux tortionnaires.

« Les nerfs à fleur de peau... Ça lui convient tellement bien !»

Il n'arrivait même plus à crier tellement ses mâchoires étaient crispées. Sa colonne vertébrale se plia dans le mauvais sens, il suait des larmes glacées.
Au bout d'un moment, le plus gros des deux eut un mouvement de recul. Lui qui avait pourtant accompli les choses les plus atroces, il commençait à douter du fait qu'il allait supporter cette vision. Son acolyte lui jeta un regard. Terrifiant, noir, fou.
Et merde, il est encore là, lui.

Le jeune de seize ans sortit vivant de sa deuxième crise. Ses dents s'entrechoquaient violemment, le froid commençait à le consumer.

« Nanashi, j'ai l'antidote dans ma poche, tu sais... Alors avoue. Avoue tout ce que tu lui as fais.»

Une troisième crise, d'autant plus terrifiante que les précédentes. Ils eurent tout deux un mouvement de recul. On aurait dit un pantin désarticulé, un marionnette possédée. On pourrait avoir l'impression qu'il va se briser en mille morceaux, dans un ultime spasme.

« Avoue et je te donne l'antidote !»

L'adulte le plus grand avait hurlé, sous le regard hagard du deuxième. Avouer quoi ? Lui-même ne savait pas de quoi parlait son acolyte. Avait-il quelque chose à régler avec lui ?

« Allez fumier !»

Il lui donna un coup dans les hanches. Dès lors, la quatrième suivit la précédente. Il devint aussi raide qu'un cadavre, il s'étranglait. Ses voies respiratoires se bloquaient, ne laissant qu'un minime filet d'air remplir ses poumons. Il sentait déjà son coeur battre un peu moins vite, un peu moins fort, d'une manière un peu moins vivante.

Il se tut pour le soulager un peu. Ses muscles se décontractèrent un peu, quelques parties de son corps purent toucher le sol.

C'était passé vite pour les bourreaux, mais pour le jeune homme, cela durait depuis une éternité. Il était minuit, à présent.
Il n'allait pas tarder à crever.

Le plus vieux poussa un cri de rage, suivit d'un "Je vais te laisser crever comme une chienne, enfoiré !" qui déclencha une cinquième crise chez l'adolescent. Seule sa tête et la pointe de ses petites pieds nus touchaient le sol, le reste restait en l'air d'une manière macabre, se tordant, se contractant, se tendant.
Sa figure devint bleue, ses lèvres violettes. Ses yeux devinrent rouges, sa respiration plus rare.

On aurait dit un poisson qui venait d'être pêché, bondissant sur la terre ferme, rebondissant d'une manière pathétique, combattant avec une mort évidente.
Oui, Nanashi était convulsé par la mort.

Soudainement, d'autres bruits de pas se firent entendre dans la bâtisse inconnue. L'un des adultes put entendre un "Police, ne bougez plus !", avant de virer au pâle.

« On se tire, Ginsuke ! Les flics sont là !»

Le plus gros partit en courant vers le fond de la salle, redressant un tapis dissimulé sous la crasse, faisant tomber une boîte de pilules. Ils avaient la figure blême, le teint livide, le coeur bondissant, la peur accrochée aux tripes.

Alors le tortionnaire adressa un dernier regard à sa victime qui se convulsait avant de courir vers son acolyte, faisant tomber une seringue à terre.

« Putain de merde !
- Laisse tomber, on a plus le temps !»


Avant de suivre son camarade, le plus grand des deux fuyards lui adressa un sourire amusé. Le regard du jeune homme trahissait toute son incompréhension, toute sa souffrance, toute sa détresse.

« Tu ne sauras jamais pourquoi.»

E c'était bien le pire des traitements que de ne pas savoir quelque chose de primordial.
Les deux silhouettes disparurent dans la sombre pénombre. Le jeune homme, prit d'un élan d'espoir, essaya de tendre sa main crispée vers la seringue qui était à un mètre de lui. Son poignet déboité se tordait dans le mauvais sens, en essayant de se mouvoir vers l'antidote.
Plus que quelques centimètres avant de réussir à l'attraper.
Il y était presque. Maintenant, il frôlait le bout de plastique froid. Un sourire soulagé se mélangea aux larmes qui coulaient sur ses jours et à la peur qui s'était imposée ses derniers jours.
Il entendit une porte claquer, ce fut sa sixième crise.
La dernière.


Tic... Tac... Tic... Tac... Tic... Tac....

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MessageSujet: Re: 1008 - N'oublie jamais - [Kurushimi Nanashi]   Mer 9 Avr - 14:30


1008
N'oublie jamais.



Jour 3

Tic, tac, tic, tac, tic, tac...

Il sortit de son sommeil assez rapidement. Ses sens en alerte, ses yeux parcourant la pièce. Il se sentait engourdi, sa clavicule gauche le grattait. Il mit quelques secondes à réaliser que sa "colocataire" hurlait à lui déchirer les tympans. Il tourna le regard vers les deux corps qui se mouvaient, et fit une grimace de dégoût.

L'un des deux adultes, sur elle qui était déjà bien amochée. Le corps saignant, la chair à l'air, les hématomes et blessures de ces derniers jours visibles. Bien plus encore lorsqu'il enfonçait maladroitement un couteau de cuisine dans son vagin, faisant gicler du sang, de la chair rougeâtre, et des bouts d'une anatomie féminine déchiquetée. Il le tournait dedans, s'amusait à observer la figure de la jeune fille, déformée par cette douleur, ces cris, et cette honte.

Une larme incontrôlée tomba de la joue du jeune homme. De la bile sortit en masse de sa bouche, déformant son visage en une grimace écœurée, tombant dans un bruit dégouttant sur le sol. Ce liquide coulait un peu le long de son menton, gouttant sur ce qu'il restait de ses vêtements.

Le second antagoniste entra dans la pièce, le sourire aux lèvres, une tasse de café en main. Les yeux de Nanashi s'écarquillèrent.
Et là, il oublia tout. Akira, ses bourreaux, son père, sa mère défunte, ses entraves, cette douleur, cette détresse. Il oublia la maison de son enfance, le collège qui l'avait vu évoluer, le lycée qui détenait son avenir. Il oublia ses amours, Akira, puis Seto. Il oublia cette cave sombre, ce bitume froid et sale, ce sang rouillé, ces larmes perdues. Il ferma les yeux et oublia tout.

Puis, il se souvint. Il se souvint d'Akira, de ses bourreaux, de son père, de sa mère défunte, de ses entraves, de cette douleur, de cette détresse. Il se souvint de la maison de son enfance, du collège qui l'avait vu évoluer, du lycée qui détenait son avenir. Il se souvint de ses amour, d'Akira, puis de Seto. Il se souvint de cette cave sombre, de ce bitume froid et sale, de ce sang rouillé, de ces larmes perdues. Il ouvrit les yeux et se souvint de tout.

Du café, de la strychnine. De la douleur, des crises. De cette douleur indescriptible, de cette sueur glacée. De sa colonne vertébrale se tordant du mauvais sens, des spasmes musculaires, des convulsions. Il se souvient de cette impression qu'on lui criait dans les oreilles avec un haut-parleur, de cette lumière aveuglante, de ce coup de pied à la proportion gigantesque. Il se souvint de geler de l'intérieur, d’être bouffé par la faim.
Il se souvint d'un supplice qu'il n'avait pas encore vécu.
Et il se souvint de cette raison inconnue qui poussait le plus grand à lui faire avouer une chose qu'il ne savait pas.

« Belle journée, n'est-ce-pas ?»

Il s'enfonça dans le mur, le plus qu'il le pouvait. Le plus grand ne semblait pas être choqué par l'action de son coéquipier... Elle semblait prévue depuis le début.

« Tu veux du café ?
- Non merci.»


Son estomac se convulsa par la faim à l'entente de son nom, mais son visage mouillé par des larmes versées inconsciemment se ferma. Le visage de son tortionnaire devint également dur.

« Tu dois avoir tellement soif, pourtant... Tu es sûr ? Il est délicieux.
- Pourquoi ne pas le boire, alors ?»


Il reçut un coup dans l'abdomen, déclenchant un cri rauque chez le plus jeune. Il jeta la tasse de café sur le côté et le prit par les cheveux, mettant ainsi des coups de genoux dans le visage de Nanashi.

« Écoutes, petite merde. Tant que tu n'avoueras rien, cette fille souffrira à ta place, jusqu'à ce qu'on efface ta misérable existence.
- De quoi vous parlez..?
répondit-il d'une voix emplie de sanglots. Que dois-je avouer ?!»

Un silence en guise de réponse, suivit d'une série de plusieurs coups au niveau de l'abdomen et de l'entrejambe. Pendant que sa figure se crispait au fur et à mesure que les coups étaient portés, il aperçut le reflet d'une lame couleur sang.
Elle avait surement servie plusieurs fois par le passé.

Il arrêta de donner des coups, observant avec amusement ses poignets déboîtés, sa mine éreintée, son corps malmené, ses cicatrices béantes, ses blessures ornant tout son misérable petit être. Il fit glisser sur sa peau ce qu'il lui semblait être un scalpel, appuyant suffisamment pour lui faire quelques scarifications au niveau du torse. Sa voix le trahit, et malgré le fait que sa mâchoire soit crispée, il échappa une plainte.

« Akito, va chercher le poing électrique. On va le tuer à coups d'éclairs.»

Ses yeux s'écarquillèrent. Et merde... Si c'est pas au poison, il meurt torturé ? Le plus gros cessa ses activités, hocha la tête et partit par une porte cachée par le papier peint déchiré. Pendant ce court laps de temps, Nanashi hurla.
L'adulte venait de lui enfoncer le scalpel dans l'épaule, avant de se diriger vers la jeune fille en souriant.

Son sang ne fit qu'un tour.
C'est l'occasion.

Il tourna la tête vers son épaule ensanglantée, sa nuque se tendit. Il mordit en plein dans le manque gris de l'arme et se l'arracha de lui même, étouffante une plainte. Le sang giclait, mais il porta un regard vers ce que faisait son bourreau.

Il était accroupi devant le corps malmené de la jeune fille, observant avec une certaine perversité les courbes blessées de son corps et écoutant avec délice les plaintes s'échappant de son petit corps.

Il tendit la tête autant qu'il le pouvait vers ses entraves, tirant également dessus pour tendre le fil électrique qui tenait ses menottes. La lame l'entailla d'un coup, libérant sa main qui n'avait pas bougé depuis maintenant quatre jours.
Il aurait voulu prendre le scalpel, mais préféra faire les mêmes actions que précédemment : Il ne savait pas si sa main pouvait tenir quelque chose.

Une fois libéré de ses entraves, le garçon s'approcha prudemment de la silhouette de l'adulte, dos à lui. Un sourire incontrôlé s'afficha sur son visage, il leva alors la jambe, essayant de ne pas perdre l'équilibre en visant la base du cervelet.

Puis, la plante de son pied vint heurter sa nuque. Il porta plusieurs coups, au niveau des cervicales et de la nuque.
Le corps tomba.

Tic, tac, tic, tac, tic, tac...

Il était maintenant à genoux, devant ce corps féminin. Il avait prit ses épaules délicatement, de manière à la faire basculer sur ses genoux.
Les larmes coulaient sur ses joues. Il restait peut-être quelques bribes de sentiments amoureux à son égard...

Il me manque la force de parler.

« Nanashi... Merci pour tout.»

Elle tendit la main vers son visage mouillé, d'où les larmes coulaient encore.

Je suis incapable de trouver une solution à ces souvenirs indésirables qui continuent à transpercer ma poitrine.

Un dernier sourire. Rayonnant réchauffant son cœur, mais faisant tomber davantage de larmes. Puis, à peine elle n'eut effleurée sa joue, que sa main retomba auprès de ce corps devenu froid en quelques secondes.

Tu as attrapé mon cœur brisé et encore une fois, tu le transperces profondément.


Il étouffa un sanglot, murmurant imperceptiblement son prénom. Ses pleurs étaient les seuls bruits emplissants la cave. Ses cheveux noirs, sales et couverts de sang, volaient devant le visage pâle de la jeune fille. Sa tête était repliée en avant, ses lèvres étaient mordues par ses dents. Quelques soubresauts pathétiques faisaient bouger son corps.

Puis, il entendit une voix. Terrifiante, tranchante, en colère.

« Enfoiré.»

Un coup de jus secoua son corps. Ses yeux s'écarquillèrent, tandis que son corps tombait. Il hurla, se tenant la tête avec ses mains tremblotantes. Il ne put presque plus bouger, ses gémissements incontrôlés ne reflétaient que le tiers de la douleur qu'il ressentait à présent.

Mon cœur de plus en plus froid, se brise en de plus petits morceaux encore.


« Je vais t'apprendre les bonnes manière, petit enculé.»

Il reçut une deuxième décharge dans les tripes, se contracta violemment, hurla à s'en arracher les cordes vocales. Seuls ses râles déchirants et les rires de l'antagoniste résonnaient dans la salle. Il leva difficilement les yeux et l'observa longuement, essayant de s'habituer à l'obscurité.
C'était le plus gros, avec un visage peint de haine.

Ses yeux ruisselèrent en silence, il respirait comme un asthmatique en phase terminale.
De ses yeux rouges sang, les larmes coulaient.
Troisième décharge, plus violente. En pleine poitrine. Les hurlements s’enchaînèrent, la douleur s'amplifia.
À la dixième décharge, plus longue et plus douloureuse que toutes les autres, il perdit connaissance.

Nous sommes le quinze août.
Il se tordit en un ultime spasme, hurlant une dernière fois avant que son cœur ne s’arrête. Avant que ses poumons relâchent à jamais la dernier bouffée d'air qu'il venait d'inspirer. Avant qu'il n'oublie qui il était.

Ces jours répétitifs ne sont que des portes brisées, qui ne demandent qu'à être ouvertes. Ce son discordant ne disparaîtra pas assez vite pour m’empêcher de sombrer dans les fins interminables que j'ai trouvées.

Tout ce que j'ai perdu ressemble à un puzzle que l'on pousse devant moi, avec aucune garantie que toutes les pièces soient là.


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MessageSujet: Re: 1008 - N'oublie jamais - [Kurushimi Nanashi]   Mar 22 Avr - 17:12


1008
N'oublie jamais.



Jour 4

Tic, tac, tic, tac, tic, tac...

Quatrième porte brisée - Impulsion.

Il se réveilla en sursaut. La sueur coulant de son front, les yeux cherchant quelqu'un d'inconnu, les sens en alerte, le corps tremblotant. Il se rendit compte qu'il se tenait encore là, bien qu'il mit quelques temps à pouvoir y voir correctement. Ma vue... Elle commence à se détériorer..? Les murs et les silhouettes étaient floues, mais quelques secondes plus tard, il put voir le même scène que celle qu'il observait depuis maintenant quatre jours. Quatre jours de répétition.

Inutile de tout décrire, il savait déjà qu'il allait vomir en voyant cette horreur. Inutile de rédiger tout cela, il savait que Ginsuke allait arriver avec une tasse de café. Inutile de vivre encore un peu, il savait qu'il finirait bientôt à terre, le corps froid, le cœur déchiqueté, l'être déglingué, la conscience éradiquée.

Alors le seul liquide que contenait son estomac se déversa d'un coup sur le sol, dans une onomatopée écœurante. L'adulte s'approcha de lui avec un sourire, mélangeant le café au poison avec une petite cuillère argentée.

« Belle journée, n'est-ce-pas ?»

Il s'enfonça dans le mur, le plus qu'il le pouvait. Le plus grand ne semblait pas être choqué par l'action de son coéquipier... Elle semblait prévue depuis le début.

« Tu veux du café ?
- Non merci.»


Son estomac se convulsa par la faim à l'entente de son nom, mais son visage mouillé par des larmes versées inconsciemment se ferma. Le visage de son tortionnaire devint également dur.

« Tu dois avoir tellement soif, pourtant... Tu es sûr ? Il est délicieux.
- Pourquoi ne pas le boire, alors ?»


Il reçut un coup dans l'abdomen, déclenchant un cri rauque chez le plus jeune. Il jeta la tasse de café sur le côté et le prit par les cheveux, mettant ainsi des coups de genoux dans le visage de Nanashi.

« Écoutes, petite merde. Tant que tu n'avoueras rien, cette fille souffrira à ta place, jusqu'à ce qu'on efface ta misérable existence.
- De quoi vous parlez..?
répondit-il d'une voix emplie de sanglots. Que dois-je avouer ?!»

Un silence en guise de réponse, suivit d'une série de plusieurs coups au niveau de l'abdomen et de l'entrejambe. Puis, les coups s'arrêtèrent soudainement, et il s'enfonça dans la pénombre de la pièce.

Nanashi se redressa avec difficulté, échappant une plainte. Il leva les yeux vers sa seule compagnie : la fille qu'il avait aimé, - et qu'il aimait probablement encore un peu - et son bourreau qui prenait un plaisir malsain à lui enlever toute innocence.
Peut-être devait-il se sentir heureux de ne pas être à sa place ? De toute manière, il avait vécu ça pendant presque dix ans, sans qu'aucune personne ne soit au courant. Alors, elle ne se plaindrait pas. N'est-ce-pas ?

L'antagoniste revint dans la salle, une seringue à la main, contenant un liquide foncé. Nanashi observa l'adulte avancer vers lui avec un grand sourire. Le jeune homme s'enfonça le plus possible dans le mur, les yeux apeurés, le corps tremblant, l'esprit divergeant.
Elle contenait de la strychnine. Il n'en doutait pas.

Il prit son bras recouvert de cicatrices, le plus jeune hurla. Peut-être pour essayer de le faire déguerpir ? En guise de réponse, il reçut un coup de coude dans la mâchoire, l'étourdissant un peu.
la seringue perfora son bras avec la rapidité d'un éclair, il se crispa et serra les dents. Le bourreau répéta cette opération plusieurs fois avant de bien positionner le corps étranger dans ses veines, lui injectant le produit pendant qu'il se débattait.

« Le résultat sera le même. Mais juste pour te faire chier, je ne vais rien te dire... Rien n'est pire que l'ignorance.»

Soudain, ses poings se crispent, il bouge, essayant de se défaire de ces entraves diaboliques. Un flot d'injures provoqua l'hilarité du plus vieux, ce qui fit cesser toute activité dans la salle.
Pendant qu'il hurlait, son regard se posa sur Akira. Enfin, sur ce qui était sensé rester d'elle.
On pouvait compter ses plaies sur chaque surface de sa peau. Son visage était assez abîmé pour provoquer une grimace de dégoût. Son nez avait été coupé, ses joues entaillées, ses yeux à moitié brûlés. Tout son petit corps tremblait, elle semblait être à bout.

Il continua sa lutte désespérée jusqu'à ce qu'il ne s'arrête. Soudainement, comme si son corps n'était plus qu'un mur. Les deux adultes se mirent à sourire lorsqu'il mit une main à son abdomen, se pliant en deux, puis s'effondre comme il le pouvait à genoux. L'un des deux bourreaux s'approcha de lui et le libéra de ses entrailles, l'écrasant au sol. Il était à quatre pattes, suffocant.

« Ça commence enfin ?»

Le visage de Nanashi se tordit d'une manière macabre, sa nuque se tendit. Sa respiration accélérait encore, semblable à celle d'un asthmatique en phase terminale.
Il roula sur le dos, tout son corps crispé. Sa mâchoire, ses poings... Son corps tremblait, ses yeux étaient exorbités. Démesurément exorbités. Les larmes coulent d'elles-mêmes, s'effaçant sur le bitume sale.

« Impressionnant...
- Voir les effets en vrai, c'est terriblement amusant..»


Il roula sur le côté, repliant ses jambes sur lui-même. Il gémissait des choses incompréhensibles. La première crise arriva, toute sa musculature fut tétanisée. Il s'appuyait sur le sol au maximum, hurlait de douleur.
Ça dure deux minutes. Une éternité.
Alors, il se décontracte lentement, se repliant sur lui-même. Les soubresauts étaient toujours là, les gémissements tragiques emplissaient encore toute la salle. Il essaie de fermer ses yeux trempés, la faible lumière de l'ampoule rouillée lui semblait aveuglante.

« C'est terrible, hein Kurushimi ?
- Il nous entend au moins ?»


Il l'entendait si bien qu'il avait l'impression de n'entendre que lui. Ça déclencha une deuxième attaque, qui amusa les deux tortionnaires.

« Les nerfs à fleur de peau... Ça lui convient tellement bien !»

Il n'arrivait même plus à crier tellement ses mâchoires étaient crispées. Sa colonne vertébrale se plia dans le mauvais sens, il suait des larmes glacées.
Au bout d'un moment, le plus gros des deux eut un mouvement de recul. Lui qui avait pourtant accompli les choses les plus atroces, il commençait à douter du fait qu'il allait supporter cette vision. Son acolyte lui jeta un regard. Terrifiant, noir, fou.
Et merde, il est encore là, lui.

Le jeune de seize ans sortit vivant de sa deuxième crise. Ses dents s'entrechoquaient violemment, le froid commençait à le consumer.

« Nanashi, j'ai l'antidote dans ma poche, tu sais... Alors avoue. Avoue tout ce que tu lui as fais.»

Une troisième crise, d'autant plus terrifiante que les précédentes. Ils eurent tout deux un mouvement de recul. On aurait dit un pantin désarticulé, un marionnette possédée. On pourrait avoir l'impression qu'il va se briser en mille morceaux, dans un ultime spasme.

« Avoue et je te donne l'antidote !»

L'adulte le plus grand avait hurlé, sous le regard hagard du deuxième. Avouer quoi ? Lui-même ne savait pas de quoi parlait son acolyte. Avait-il quelque chose à régler avec lui ?

« Allez fumier !»

Il lui donna un coup dans les hanches. Dès lors, la quatrième suivit la précédente. Il devint aussi raide qu'un cadavre, il s'étranglait. Ses voies respiratoires se bloquaient, ne laissant qu'un minime filet d'air remplir ses poumons. Il sentait déjà son coeur battre un peu moins vite, un peu moins fort, d'une manière un peu moins vivante.

Il se tut pour le soulager un peu. Ses muscles se décontractèrent un peu, quelques parties de son corps purent toucher le sol.

C'était passé vite pour les bourreaux, mais pour le jeune homme, cela durait depuis une éternité. Il était minuit, à présent.
Il n'allait pas tarder à crever.

Le plus vieux poussa un cri de rage, suivit d'un "Je vais te laisser crever comme une chienne, enfoiré !" qui déclencha une cinquième crise chez l'adolescent. Seule sa tête et la pointe de ses petites pieds nus touchaient le sol, le reste restait en l'air d'une manière macabre, se tordant, se contractant, se tendant.
Sa figure devint bleue, ses lèvres violettes. Ses yeux devinrent rouges, sa respiration plus rare.

On aurait dit un poisson qui venait d'être pêché, bondissant sur la terre ferme, rebondissant d'une manière pathétique, combattant avec une mort évidente.
Oui, Nanashi était convulsé par la mort.

Soudainement, d'autres bruits de pas se firent entendre dans la bâtisse inconnue. L'un des adultes put entendre un "Police, ne bougez plus !", avant de virer au pâle.

« On se tire, Ginsuke ! Les flics sont là !»

Le plus gros partit en courant vers le fond de la salle, redressant un tapis dissimulé sous la crasse, faisant tomber une boîte de pilules. Ils avaient la figure blême, le teint livide, le coeur bondissant, la peur accrochée aux tripes.

Alors le tortionnaire adressa un dernier regard à sa victime qui se convulsait avant de courir vers son acolyte, faisant tomber une seringue à terre.

« Putain de merde !
- Laisse tomber, on a plus le temps !»


Avant de suivre son camarade, le plus grand des deux fuyards lui adressa un sourire amusé. Le regard du jeune homme trahissait toute son incompréhension, toute sa souffrance, toute sa détresse.

« Tu ne sauras jamais pourquoi.»

E c'était bien le pire des traitements que de ne pas savoir quelque chose de primordial.
Les deux silhouettes disparurent dans la sombre pénombre. Le jeune homme, prit d'un élan d'espoir, essaya de tendre sa main crispée vers la seringue qui était à un mètre de lui. Son poignet déboîté se tordait dans le mauvais sens, en essayant de se mouvoir vers l'antidote.
Plus que quelques centimètres avant de réussir à l'attraper.
Il y était presque. Maintenant, il frôlait le bout de plastique froid. Un sourire soulagé se mélangea aux larmes qui coulaient sur ses jours et à la peur qui s'était imposée ses derniers jours.
Il réussit à prendre dans la paume de sa main la seringue, il la serra avant de tenter de plier son bras. C'est bon, je suis sauvé ? Je vais quitter cet endroit... Ce cadavre... Et cette torture !
Un sourire incontrôlé s'afficha sur son visage avant de diriger la seringue vers le trou qu'avait fait la première juste avant.

Il entendit une porte claquer.
Il lâcha la seringue qui tomba lourdement sur le bitume froid.
Ce fut sa sixième crise.
La dernière.


Tic... Tac... Tic... Tac... Tic... Tac....

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MessageSujet: Re: 1008 - N'oublie jamais - [Kurushimi Nanashi]   Ven 25 Avr - 16:12


1008
N'oublie jamais.



Jour 5

Tic, tac, tic, tac, tic, tac...

Cinquième porte brisée - Ébullition.

Il se réveilla en sursaut. La sueur coulant de son front, les yeux cherchant quelqu'un d'inconnu, les sens en alerte, le corps tremblotant. Il se rendit compte qu'il se tenait encore là, bien qu'il mit quelques temps à pouvoir y voir correctement. Les murs et les silhouettes étaient floues, mais quelques secondes plus tard, il put voir le même scène que celle qu'il observait depuis maintenant cinq jours. Cinq jours de répétition.

Cela commençait à devenir franchement ennuyeux.

Inutile de tout décrire, il savait déjà qu'il allait vomir en voyant cette horreur. Inutile de rédiger tout cela, il savait que Ginsuke allait arriver avec une tasse de café. Inutile de vivre encore un peu, il savait qu'il finirait bientôt à terre, le corps froid, le cœur déchiqueté, l'être déglingué, la conscience éradiquée.

Alors le seul liquide que contenait son estomac se déversa d'un coup sur le sol, dans une onomatopée écœurante. L'adulte s'approcha de lui avec un sourire, mélangeant le café au poison avec une petite cuillère argentée.

« Belle journée, n'est-ce-pas ?»

Il s'enfonça dans le mur, le plus qu'il le pouvait. Le plus grand ne semblait pas être choqué par l'action de son coéquipier... Elle semblait prévue depuis le début.

« Tu veux du café ?
- Non merci.»


Son estomac se convulsa par la faim à l'entente de son nom, mais son visage mouillé par des larmes versées inconsciemment se ferma. Le visage de son tortionnaire devint également dur.

« Tu dois avoir tellement soif, pourtant... Tu es sûr ? Il est délicieux.
- Pourquoi ne pas le boire, alors ?»


Il reçut un coup dans l'abdomen, déclenchant un cri rauque chez le plus jeune. Il jeta la tasse de café sur le côté et le prit par les cheveux, mettant ainsi des coups de genoux dans le visage de Nanashi.

« Écoutes, petite merde. Tant que tu n'avoueras rien, cette fille souffrira à ta place, jusqu'à ce qu'on efface ta misérable existence.
- De quoi vous parlez..?
répondit-il d'une voix emplie de sanglots. Que dois-je avouer ?!»

Un silence en guise de réponse, suivit d'une série de plusieurs coups au niveau de l'abdomen et de l'entrejambe. Puis, les coups s'arrêtèrent soudainement, et il s'enfonça dans la pénombre de la pièce.

Nanashi se redressa avec difficulté, échappant une plainte. Il leva les yeux vers sa seule compagnie : la fille qu'il avait aimé, - et qu'il aimait probablement encore un peu - et son bourreau qui prenait un plaisir malsain à lui enlever toute innocence.
Peut-être devait-il se sentir heureux de ne pas être à sa place ? De toute manière, il avait vécu ça pendant presque dix ans, sans qu'aucune personne ne soit au courant. Alors, elle ne se plaindrait pas. N'est-ce-pas ?

L'antagoniste revint dans la salle, cette fois-ci avec un sceau rempli dans la main. Il le posa juste devant les pieds de Nanashi, et se retourna vers son acolyte pour lui adresser quelques mots.
Le jeune homme fixa le liquide foncé qui semblait refléter son corps disgracieux et son visage méconnaissable. Il mit quelques instants avant de reconnaître l'odeur si familière... Une odeur que l'on sentait souvent dans la rue.
Son visage se décomposa en une grimace d'effarement. Il fixa d'un air hagard le sceau, comme si elle détenait toutes les atrocités du monde.
C'était l'odeur de l'essence.

« Va en chercher d'autre, Akito. Je me suis lassé de ce petit enfoiré.»

Ah... Alors on pouvait donc se lasser de torturer quelqu'un ? Ou il était lassé des manières qu'il utilisait ? C'était... Une manière horrible de voir les choses.
Son corps tremblait malgré lui, et un soubresaut pathétique le secoua lorsqu'il croisa le regard vide de son bourreau. Jusqu'à ce qu'un sourire déformant son visage n'apparaisse, laissant une pointe d'amusement naître dans son regard.
Alors que le petit gros s'en allait, il se rapprocha de sa victime - et prochain trophée - pour lui murmurer :

« En fait, tu es un garçon intelligent.»

Pas besoin d'être un génie pour savoir ce qu'ils lui réservaient. Pendant que le garçon l'observait, tétanisé par les visions d'horreur qui lui emplissaient le crâne, le tortionnaire prit le sceau rempli d'essence et commença à étaler le liquide autour des pieds nus du plus jeune, le réveillant de sa transe.

« Laissez moi partir, je vous en supplie... »

Il explosa en sanglot. Les larmes ruisselèrent sur ses joues déjà trempées, et ses yeux devinrent rouges rapidement ; peut-être étaient-ils habitués à pleuvoir ainsi. En guise de réponse, l'adulte rigola, faisant pleurer davantage le mineur.
Puis, le plus gros arriva avec une bassine. Plus grosse qu'un sceau, bien entendu. Sans s'y attendre, le petit se prit l'essence en plein fouet. Le liquide put s'infiltrer alors dans son organisme par sa bouche ouverte, qui cracha quelques supplications désespérées à la suite de cette douche froide.
Une lumière attira son regard qui fut vite tétanisé par la terreur. Une terreur pure, définitive.
Une simple allumette pouvait alors provoquer une telle peur... Il l'ignorait.

« Tiens, je me demande ce qu'il se passe si je la lâche maladroitement... »

Quelques rires suivirent cette sarcastique menace, tandis que son visage se déformait par la peur, la haine, la terreur, les pleurs, et le dégoût.
Puis, l'adulte jeta la-dite flamme aux pieds du garçon, déclenchant déjà cris et pleurs.

« Oups ! Pas fais exprès ! »

Les flammes montèrent rapidement, dévorant les seuls tissus qui restaient sur sa peau. Les flammes caressèrent sa peau malmenée jusqu'à l'embrasser entièrement, déclenchant plusieurs cris désespérés.

Bientôt, les cris ne furent plus que des échos lointains. Son corps aussi, ne fut plus qu'un souvenir ; il n'en resta que quelques cendres.

Tic... Tac... Tic... Tac... Tic... Tac....

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MessageSujet: Re: 1008 - N'oublie jamais - [Kurushimi Nanashi]   Dim 27 Avr - 12:13


1008
N'oublie jamais.



Jour 6

Tic, tac, tic, tac, tic, tac...

Sixième porte brisée - Compression.

Il se réveilla en sursaut. La sueur coulant de son front, les yeux cherchant quelqu'un d'inconnu, les sens en alerte, le corps tremblotant. Il sentait encore la chaleur lui parcourir le corps en un frisson malsain. Il se rendit compte qu'il se tenait encore là, bien qu'il mit quelques temps à pouvoir y voir correctement. Les murs et les silhouettes étaient floues, mais quelques secondes plus tard, il put voir le même scène que celle qu'il observait depuis maintenant six jours. Six jours de répétition.

Cela commençait à devenir franchement ennuyeux.

Inutile de tout décrire, il savait déjà qu'il allait vomir en voyant cette horreur. Inutile de rédiger tout cela, il savait que Ginsuke allait arriver avec une tasse de café. Inutile de vivre encore un peu, il savait qu'il finirait bientôt à terre, le corps froid, le cœur déchiqueté, l'être déglingué, la conscience éradiquée.

Alors le seul liquide que contenait son estomac se déversa d'un coup sur le sol, dans une onomatopée écœurante. L'adulte s'approcha de lui avec un sourire, mélangeant le café au poison avec une petite cuillère argentée.

« Belle journée, n'est-ce-pas ?»

Il s'enfonça dans le mur, le plus qu'il le pouvait. Le plus grand ne semblait pas être choqué par l'action de son coéquipier... Elle était prévue depuis le début.

« Tu veux du café ?
- Non merci.»


Son estomac se convulsa par la faim à l'entente de son nom, mais son visage mouillé par des larmes versées inconsciemment se ferma. Le visage de son tortionnaire devint également dur.

« Tu dois avoir tellement soif, pourtant... Tu es sûr ? Il est délicieux.
- Pourquoi ne pas le boire, alors ?»


Il reçut un coup dans l'abdomen, déclenchant un cri rauque chez le plus jeune. Il jeta la tasse de café sur le côté et le prit par les cheveux, mettant ainsi des coups de genoux dans le visage de Nanashi.

« Écoutes, petite merde. Tant que tu n'avoueras rien, cette fille souffrira à ta place, jusqu'à ce qu'on efface ta misérable existence.
- De quoi vous parlez..?
répondit-il d'une voix emplie de sanglots. Que dois-je avouer ?!»

Un silence en guise de réponse, suivit d'une série de plusieurs coups au niveau de l'abdomen et de l'entrejambe. Puis, les coups s'arrêtèrent soudainement, et il s'enfonça dans la pénombre de la pièce.

Nanashi se redressa avec difficulté, échappant une plainte. Il leva les yeux vers sa seule compagnie : la fille qu'il avait aimé, - et qu'il aimait probablement encore un peu - et son bourreau qui prenait un plaisir malsain à lui enlever toute innocence.
Peut-être devait-il se sentir heureux de ne pas être à sa place ? De toute manière, il avait vécu ça pendant presque dix ans, sans qu'aucune personne ne soit au courant. Alors, elle ne se plaindrait pas. N'est-ce-pas ?

L'antagoniste revint dans la salle, cette fois-ci avec un couteau ainsi qu'une corde. Qu'allait-il lui réserver ? La pendaison, cette fois ? Nanashi n'était plus bon qu'à imaginer comment il alllait mourir, dès à présent.

« Akito, tu connais le principe de la mort par la strangulation ?
- Ah non, je n'ai jamais tenté..»


Le plus gros s'était relevé du corps de la jeune fille en lui donnant un coup dans l'appareil génital, qui ressemblait plus à de la bouillie qu'autre chose, à présent. Nanashi évitait à tout prix de porter son regard sur ce demi-cadavre : il savait qu'il allait en avoir l'estomac retourné.

« Je l'avais déjà tenté sur une prostitué que j'avais trouvé au bord de l'autoroute. Tu te souviens ?
- ... Oh, tu veux lui faire ça


Le jeune homme observait les bourreaux du coin de l’œil, essayant de comprendre le sens même de leur conversation. Qu'est-ce-que c'était, déjà, la strangulation ? Il avait déjà lu ce terme dans les livres de son père... N'était-ce donc pas un étranglement ? Si sa mémoire était bonne...
Puis, il se rendit compte de ce qui l'attendait. Il espérait qu'ils ne connaissent pas la manière la plus lente mais la plus douloureuse de provoquer la mort par strangulation : par compression des veines jugulaires. Dans tous les cas, il doutait du fait qu'ils se contenteraient d'un simple étranglement.

Le plus grand des deux s'approcha doucement du jeune homme en souriant, tandis que l'autre se retourna pour s'occuper de "sa petite princesse". La future victime s'enfonça comme il le pouvait dans le mur, foudroyant du regard son tortionnaire.

« Allons, Nanashi... On dirait que tu as peur.»

Il lui jeta un regard noir, se maudissant d'être sorti, le dix août. Soudainement, le plus grand lui attacha la corde autour du cou sans qu'il n'ait eu le temps de réagir : s'en suivit des débattements inutiles qui avait pour effet de resserrer la corde autour de son cou.
Alors, il le détacha du mur. La première réaction de Nanashi ? La fuite. Il se redressa comme il le pouvait et courut vers la-dite sortie qu'utilisaient les deux tueurs en série depuis six jours déjà. Mais son bourreau tira sur la corde, et le jeune homme fut projeté en arrière, s'écrasant avec douleur sur le sol, essayant tant bien que mal à retirer la corde qui le maintenait prisonnier.

Depuis six jours, on l'avait déshumanisé. Mais pas autant qu'aujourd'hui : à présent, ils le considéraient comme un chien en laisse. Il échappa quelques larmes vagabondes avant de regarder l'adulte, qui souriait à pleines dents.

Alors, la corde se resserra davantage, comprimant ses artères et sa tranchée. Il fit une grimace, ouvrant la bouche difficilement afin de tenter de respirer. Ses poumons tentaient désespérément d'absorber de l'oxygène, sans succès : il se contentait d'ouvrir péniblement la bouche, échppant quelques plaintes pathétiques. 

Bientôt, la pression fut tellement forte qu'il perdit connaissance, bien que l'étouffement se faisait toujours. Alors, il se sentit voler. Quitter son corps. Partir, il se sentait partir. Encore une fois.
Apparemment, son bourreau n'en avait pas fini avec lui ! Il le réanima, par des coups et par des méthodes de sauvetage comme le bouche-à-bouche. Il desserra un peu la corde, laissant ses poumons se remplir un peu d'air.

« Laissez moi partir, je vous en supplie... »

Il explosa en sanglot. Les larmes ruisselèrent sur ses joues déjà trempées, et ses yeux devinrent rouges rapidement ; peut-être étaient-ils habitués à pleuvoir ainsi. En guise de réponse, l'adulte rigola, faisant pleurer davantage le mineur.
Il n'eut pas le temps de hoqueter que la corde s'était déjà resserrée sur sa gorge, bloquant ainsi l'oxygène qui venait d'entrer.

Le bourreau recommença à faire cette technique une vingtaine de fois. Nanashi eut l'impression de mourir une vingtaine de fois, pour être réanimé par la suite.
Alors le tortionnaire le tua puis le réanima sans cesse.
Jusqu'à ce qu'il ne revienne plus.

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MessageSujet: Re: 1008 - N'oublie jamais - [Kurushimi Nanashi]   Jeu 1 Mai - 16:19


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N'oublie jamais.



Jour 7

Tic, tac, tic, tac, tic, tac...

Septième porte brisée - Compression.

Il se réveilla en sursaut. La sueur coulant de son front, les yeux cherchant quelqu'un d'inconnu, les sens en alerte, le corps tremblotant. Il avait l'impression d'avoir la gorge en feu, et le fait de pouvoir respirer normalement le détendit un peu. Il se rendit compte qu'il se tenait encore là, bien qu'il mit quelques temps à pouvoir y voir correctement. Les murs et les silhouettes étaient floues, mais quelques secondes plus tard, il put voir le même scène que celle qu'il observait depuis maintenant sept jours. Sept jours de répétition.

Cela commençait à devenir vraiment ennuyeux.

Inutile de tout décrire, il savait déjà qu'il allait vomir en voyant cette horreur. Inutile de rédiger tout cela, il savait que Ginsuke allait arriver avec une tasse de café. Inutile de vivre encore un peu, il savait qu'il finirait bientôt à terre, le corps froid, le cœur déchiqueté, l'être déglingué, la conscience éradiquée.

Alors le seul liquide que contenait son estomac se déversa d'un coup sur le sol, dans une onomatopée écœurante. L'adulte s'approcha de lui avec un sourire, mélangeant le café au poison avec une petite cuillère argentée.

« Belle journée, n'est-ce-pas ?»

Il s'enfonça dans le mur, le plus qu'il le pouvait. Le plus grand ne semblait pas être choqué par l'action de son coéquipier... Elle était prévue depuis le début.

« Tu veux du café ?
- Non merci.»


Son estomac se convulsa par la faim à l'entente de son nom, mais son visage mouillé par des larmes versées inconsciemment se ferma. Le visage de son tortionnaire devint également dur.

« Tu dois avoir tellement soif, pourtant... Tu es sûr ? Il est délicieux.
- Pourquoi ne pas le boire, alors ?»


Il reçut un coup dans l'abdomen, déclenchant un cri rauque chez le plus jeune. Il jeta la tasse de café sur le côté et le prit par les cheveux, mettant ainsi des coups de genoux dans le visage de Nanashi.

« Écoutes, petite merde. Tant que tu n'avoueras rien, cette fille souffrira à ta place, jusqu'à ce qu'on efface ta misérable existence.
- De quoi vous parlez..?
répondit-il d'une voix emplie de sanglots. Que dois-je avouer ?!»

Un silence en guise de réponse, suivit d'une série de plusieurs coups au niveau de l'abdomen et de l'entrejambe. Puis, les coups s'arrêtèrent soudainement, et il s'enfonça dans la pénombre de la pièce.

Nanashi se redressa avec difficulté, échappant une plainte. Il leva les yeux vers sa seule compagnie : la fille qu'il avait aimé, - et qu'il aimait probablement encore un peu - et son bourreau qui prenait un plaisir malsain à lui enlever toute innocence.
Peut-être devait-il se sentir heureux de ne pas être à sa place ? De toute manière, il avait vécu ça pendant presque dix ans, sans qu'aucune personne ne soit au courant. Alors, elle ne se plaindrait pas. N'est-ce-pas ?

L'antagoniste revint dans la salle, une seringue à la main, contenant un liquide foncé. Nanashi observa l'adulte avancer vers lui avec un grand sourire. Le jeune homme s'enfonça le plus possible dans le mur, les yeux apeurés, le corps tremblant, l'esprit divergeant.
Elle contenait de la strychnine. Il n'en doutait pas.

Il prit son bras recouvert de cicatrices, le plus jeune hurla. Peut-être pour essayer de le faire déguerpir ? En guise de réponse, il reçut un coup de coude dans la mâchoire, l'étourdissant un peu.
la seringue perfora son bras avec la rapidité d'un éclair, il se crispa et serra les dents. Le bourreau répéta cette opération plusieurs fois avant de bien positionner le corps étranger dans ses veines, lui injectant le produit pendant qu'il se débattait.

« Le résultat sera le même. Mais juste pour te faire chier, je ne vais rien te dire... Rien n'est pire que l'ignorance.»

Soudain, ses poings se crispent, il bouge, essayant de se défaire de ces entraves diaboliques. Un flot d'injures provoqua l'hilarité du plus vieux, ce qui fit cesser toute activité dans la salle.
Pendant qu'il hurlait, son regard se posa sur Akira. Enfin, sur ce qui était sensé rester d'elle.
On pouvait compter ses plaies sur chaque surface de sa peau. Son visage était assez abîmé pour provoquer une grimace de dégoût. Son nez avait été coupé, ses joues entaillées, ses yeux à moitié brûlés. Tout son petit corps tremblait, elle semblait être à bout.

Il continua sa lutte désespérée jusqu'à ce qu'il ne s'arrête. Soudainement, comme si son corps n'était plus qu'un mur. Les deux adultes se mirent à sourire lorsqu'il mit une main à son abdomen, se pliant en deux, puis s'effondre comme il le pouvait à genoux. L'un des deux bourreaux s'approcha de lui et le libéra de ses entrailles, l'écrasant au sol. Il était à quatre pattes, suffocant.

« Ça commence enfin ?»

Le visage de Nanashi se tordit d'une manière macabre, sa nuque se tendit. Sa respiration accélérait encore, semblable à celle d'un asthmatique en phase terminale.
Il roula sur le dos, tout son corps crispé. Sa mâchoire, ses poings... Son corps tremblait, ses yeux étaient exorbités. Démesurément exorbités. Les larmes coulent d'elles-mêmes, s'effaçant sur le bitume sale.

« Impressionnant...
- Voir les effets en vrai, c'est terriblement amusant..»


Il roula sur le côté, repliant ses jambes sur lui-même. Il gémissait des choses incompréhensibles. La première crise arriva, toute sa musculature fut tétanisée. Il s'appuyait sur le sol au maximum, hurlait de douleur.
Ça dure deux minutes. Une éternité.
Alors, il se décontracte lentement, se repliant sur lui-même. Les soubresauts étaient toujours là, les gémissements tragiques emplissaient encore toute la salle. Il essaie de fermer ses yeux trempés, la faible lumière de l'ampoule rouillée lui semblait aveuglante.

« C'est terrible, hein Kurushimi ?
- Il nous entend au moins ?»


Il l'entendait si bien qu'il avait l'impression de n'entendre que lui. Ça déclencha une deuxième attaque, qui amusa les deux tortionnaires.

« Les nerfs à fleur de peau... Ça lui convient tellement bien !»

Il n'arrivait même plus à crier tellement ses mâchoires étaient crispées. Sa colonne vertébrale se plia dans le mauvais sens, il suait des larmes glacées.
Au bout d'un moment, le plus gros des deux eut un mouvement de recul. Lui qui avait pourtant accompli les choses les plus atroces, il commençait à douter du fait qu'il allait supporter cette vision. Son acolyte lui jeta un regard. Terrifiant, noir, fou.
Et merde, il est encore là, lui.

Le jeune de seize ans sortit vivant de sa deuxième crise. Ses dents s'entrechoquaient violemment, le froid commençait à le consumer.

« Nanashi, j'ai l'antidote dans ma poche, tu sais... Alors avoue. Avoue tout ce que tu lui as fais.»

Une troisième crise, d'autant plus terrifiante que les précédentes. Ils eurent tout deux un mouvement de recul. On aurait dit un pantin désarticulé, un marionnette possédée. On pourrait avoir l'impression qu'il va se briser en mille morceaux, dans un ultime spasme.

« Avoue et je te donne l'antidote !»


L'adulte le plus grand avait hurlé, sous le regard hagard du deuxième. Avouer quoi ? Lui-même ne savait pas de quoi parlait son acolyte. Avait-il quelque chose à régler avec lui ?

« Allez fumier !»

Il aurait bien voulu lui avouer, mais il ne savait pas de quoi il parlait... De plus, dans cet état là, il ne pouvait pas parler. Il lui donna un coup dans les hanches. Dès lors, la quatrième suivit la précédente. Il devint aussi raide qu'un cadavre, il s'étranglait. Ses voies respiratoires se bloquaient, ne laissant qu'un minime filet d'air remplir ses poumons. Il sentait déjà son coeur battre un peu moins vite, un peu moins fort, d'une manière un peu moins vivante.

Il se tut pour le soulager un peu. Ses muscles se décontractèrent un peu, quelques parties de son corps purent toucher le sol.

C'était passé vite pour les bourreaux, mais pour le jeune homme, cela durait depuis une éternité. Il était minuit, à présent.
Il n'allait pas tarder à crever.

Le plus vieux poussa un cri de rage, suivit d'un "Je vais te laisser crever comme une chienne, enfoiré !" qui déclencha une cinquième crise chez l'adolescent. Seule sa tête et la pointe de ses petites pieds nus touchaient le sol, le reste restait en l'air d'une manière macabre, se tordant, se contractant, se tendant.
Sa figure devint bleue, ses lèvres violettes. Ses yeux devinrent rouges, sa respiration plus rare.

On aurait dit un poisson qui venait d'être pêché, bondissant sur la terre ferme, rebondissant d'une manière pathétique, combattant avec une mort évidente.
Oui, Nanashi était convulsé par la mort.

Soudainement, d'autres bruits de pas se firent entendre dans la bâtisse inconnue. L'un des adultes put entendre un "Police, ne bougez plus !", avant de virer au pâle.

« On se tire, Ginsuke ! Les flics sont là !»

Le plus gros partit en courant vers le fond de la salle, redressant un tapis dissimulé sous la crasse, faisant tomber une boîte de pilules. Ils avaient la figure blême, le teint livide, le coeur bondissant, la peur accrochée aux tripes.

Alors le tortionnaire adressa un dernier regard à sa victime qui se convulsait avant de courir vers son acolyte, faisant tomber une seringue à terre.

« Putain de merde !
- Laisse tomber, on a plus le temps !»


Avant de suivre son camarade, le plus grand des deux fuyards lui adressa un sourire amusé. Le regard du jeune homme trahissait toute son incompréhension, toute sa souffrance, toute sa détresse.

« Tu ne sauras jamais pourquoi.»

E c'était bien le pire des traitements que de ne pas savoir quelque chose de primordial.
Les deux silhouettes disparurent dans la sombre pénombre. Le jeune homme, prit d'un élan d'espoir, essaya de tendre sa main crispée vers la seringue qui était à un mètre de lui. Son poignet déboîté se tordait dans le mauvais sens, en essayant de se mouvoir vers l'antidote.
Plus que quelques centimètres avant de réussir à l'attraper.
Il y était presque. Maintenant, il frôlait le bout de plastique froid. Un sourire soulagé se mélangea aux larmes qui coulaient sur ses jours et à la peur qui s'était imposée ses derniers jours.
Il réussit à prendre dans la paume de sa main la seringue, il la serra avant de tenter de plier son bras. C'est bon, je suis sauvé ? Je vais quitter cet endroit... Ce cadavre... Et cette torture !
Un sourire incontrôlé s'afficha sur son visage avant de diriger la seringue vers le trou qu'avait fait la première juste avant.
La pointe de la seringue avait pénétré sa peau avec un peu de mal, la grimace incontrolée du jeune accompagnant ses gestes.

Il entendit une porte claquer.
Il lâcha la seringue qui tomba lourdement sur le bitume froid.
Ce fut sa sixième crise.
La dernière.


Tic... Tac... Tic... Tac... Tic... Tac....


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MessageSujet: Re: 1008 - N'oublie jamais - [Kurushimi Nanashi]   Mer 14 Mai - 15:07


1008
N'oublie jamais.



Jour 8

Tic, tac, tic, tac, tic, tac...

Huitième porte brisée - Compréhension.

Il émergea d'un sommeil glacé par un cri, qui lui semblait audible au delà de la galaxie. Ce hurlement suraiguë semblait lui déchirer les tympans, à la recherche d'une quelconque aide. Il ouvrit soudainement les yeux, étouffant une plainte qui montrait clairement que son précédent sommeil était terminé. Et alors, ce qu'il vit alerta soudainement ses sens, et son cerveau fut à l'affut de cette scène improbable.

Ce n'était pas ce qu'il se passait habituellement, depuis maintenant huit jours.
 

Akira n'était pas à terre, violée et meurtrie par la caricature du gros riche en manque. Elle avait une barre de fer à la main, donnant des coups aussi incertains qu'imprécis dans le vide, sûrement pour faire reculer le dernier tortionnaire : son propre bourreau était au sol, le crâne explosée par la-dite barre.

« Où est la sortie, enculé ?»

Tout d'abord, il crut que Ginsuke imitait à la perfection la voix de la jeune fille. Puis, il se rendit compte que cette réplique cinglante était sortie de la bouche de cette personne habituellement si calme. Il écarquilla davantage les yeux, ne pouvant croire qu'elle avait un vocabulaire aussi vulgaire... Et pourtant, l'air furieux sur son visage semblait bien aller avec ces propos.

Elle leva un peu plus la barre de fer, imitant un geste de frappe dans le vide pour faire reculer davantage le meurtrier, qui fuyait rapidement en direction de la sortie la plus proche.

« Montre-moi cette putain de sortie !»

Il pointa d'un doigt hésitant une trappe au fond de la salle, et courut en sa direction pour disparaître rapidement dans la pénombre. La jeune fille baissa peu à peu la barre de fer, et tourna ses iris marrons vers ceux du captif.

« Désolée d'avoir mis tant de temps...
- De quoi tu parles..? »


Sa voix s'était retrouvée hésitante et rauque, en parfaite opposition à celle froide et aiguë de la jeune femme. Il était assez effrayé par le sang coulant sur la barre, qui avait éclaboussé sur le reste de ses vêtements et de son visage. Elle s'essuya nonchalamment la joue gauche, étalant ainsi une longue trace rouge sur celle-ci.

« Ça fait huit jours que je me fais violer.»

Ces yeux eurent l'air de sortir de leurs orbites tellement il en était étonné. Cela était vrai, elle mourrait toujours avant lui, mais... Avait-elle alors conscience, elle aussi, de cette boucle infinie..?

« Nous.. Nous sommes donc enfermés tous les deux dans une sorte de monde parallèle..? Où l'on revis notre mort éternellement..?
- J'ai toujours su que tu étais intelligent, malgré ta naïveté maladive.»

Il l'observa longuement, avec une certaine considération. Puis, il baissa la tête, un sourire s'étant affiché sur ses lèvres. Ces pics lui avaient manqué..?

Elle s'était rapprochée de lui, détachant sans grande délicatesse ses poignets déboîtés, dont le sang coagulé semblait collé à sa peau malmenée. Le toucher froid de la ferraille et la chaleur de la peau de Akira lui firent faire une grimace de douleur, contractant son visage entaillé et blessé.

« T'as l'air beaucoup plus viril, comme ça.»

Il étouffa un petit rire, résonnant ainsi dans toute la salle à présent vide. Elle le détacha, et c'est avec surprise qu'il se rendit compte qu'il tenait debout. Nanashi observa son corps torturé quelques secondes, se considérant enfin comme un être humain...

Il allait prendre une bonne douche.

« Je vais te sortir d'ici, Nanashi. Je vais nous sortir d'ici.»

Elle le tira doucement par la main, faisant un effort pour ne pas malmener encore plus son poignet. Ils se déplacèrent avec une certaine difficulté dans la pièce sombre, titubant légèrement. Le jeune homme observa le dos de la jeune fille plus petite que lui, avec une certaine admiration. Elle avait changé, en deux ans... Elle était devenue... Plus forte ?

Une douleur le prit au niveau de l'abdomen, il lâcha un cri rauque. Avant même que la jeune fille ne puisse se retourner, ses jambes ne supportèrent plus son poids et il tomba lourdement au sol, du sang coulant de sa propre bouche.

Une barre de fer, plus grande et plus pointue que celle d'Akira, le traversait de pars-en-pars.

« Je ne vous laisserais pas sortir d'ici vivants.»

Le fuyard apparut, de l'autre côté de la trappe qu'il avait emprunté précédemment, un sourire sadique étiré sur ses lèvres gercées. La jeune fille n'eut pas le temps d'esquisser un quelconque mouvement qu'une balle se nicha dans son cœur, provocant ainsi la chute de son petit corps ainsi que son arme.

Nanashi se tordit de douleur lorsque sa chute enfonça davantage le corps étranger dans sa chair, propageant ses cris de douleur dans l'atmosphère.

« Moi qui avait prévu de te faire mourir lentement... Tant pis, je vais t'exploser la cervelle à la place.»

Il n'eut pas le temps de répliquer que le revolver utilisé plus tôt se positionna devant ses yeux.

« Crève, enflure.
- Attendez...»


Trop tard, le noir avait déjà submergé sa conscience. Seul le bruit d'un tir résonna dans la salle sombre, tel un écho ; déroutant, épuisant, effrayant...


Tic... Tac... Tic... Tac... Tic... Tac....


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MessageSujet: Re: 1008 - N'oublie jamais - [Kurushimi Nanashi]   Dim 18 Mai - 18:43


1008
N'oublie jamais.



Jour 9

Tic, tac, tic, tac, tic, tac...

Neuvième porte brisée - Approximation.

Il ressentit une douleur au niveau du crâne, et s'éveilla avec difficultés. Toujours des cris, encore et encore.

J'espère que je rêve depuis le début. Cela ne peut être vrai.

La douleur l'absorbait entièrement, pendant qu'il fermait les yeux sur cette scène. Celle de cette Akira, violée, n'ayant pu s'échapper qu'une fois.

Nous n'avions eu qu'une occasion, n'est-ce-pas ?

Et si c'était Nanashi qui, cette fois, devait la sauver ? Et si son dernier souffle, aussi futile qu'il puisse être, pouvait la sauver ? Il devait savoir comment faire... Comment procéder !

« Belle journée, n'est-ce-pas ?»

Il s'enfonça dans le mur, le plus qu'il le pouvait. Le plus grand ne semblait pas être choqué par l'action de son coéquipier... Elle était prévue depuis le début.

« Tu veux du café ?
- Non merci.»


Son estomac se convulsa par la faim à l'entente de son nom, mais son visage mouillé par des larmes versées inconsciemment se ferma. Le visage de son tortionnaire devint également dur.

« Tu dois avoir tellement soif, pourtant... Tu es sûr ? Il est délicieux.
- Pourquoi ne pas le boire, alors ?»


Il reçut un coup dans l'abdomen, déclenchant un cri rauque chez le plus jeune. Il jeta la tasse de café sur le côté et le prit par les cheveux, mettant ainsi des coups de genoux dans le visage de Nanashi.

« Écoutes, petite merde. Tant que tu n'avoueras rien, cette fille souffrira à ta place, jusqu'à ce qu'on efface ta misérable existence.
- De quoi vous parlez..? répondit-il d'une voix emplie de sanglots. Que dois-je avouer ?!»


Un silence en guise de réponse, suivit d'une série de plusieurs coups au niveau de l'abdomen et de l'entrejambe. Puis, les coups s'arrêtèrent soudainement, et il s'enfonça dans la pénombre de la pièce.

Nanashi se redressa avec difficulté, échappant une plainte. Il leva les yeux vers sa seule compagnie : la fille qu'il avait aimé, - et qu'il aimait probablement encore un peu - et son bourreau qui prenait un plaisir malsain à lui enlever toute innocence.
Peut-être devait-il se sentir heureux de ne pas être à sa place ? De toute manière, il avait vécu ça pendant presque dix ans, sans qu'aucune personne ne soit au courant. Alors, elle ne se plaindrait pas. N'est-ce-pas ?

L'antagoniste revint dans la salle, une seringue à la main, contenant un liquide foncé. Nanashi observa l'adulte avancer vers lui avec un grand sourire. Le jeune homme s'enfonça le plus possible dans le mur, les yeux apeurés, le corps tremblant, l'esprit divergeant.
Elle contenait de la strychnine. Il n'en doutait pas.

Il prit son bras recouvert de cicatrices, le plus jeune hurla. Peut-être pour essayer de le faire déguerpir ? En guise de réponse, il reçut un coup de coude dans la mâchoire, l'étourdissant un peu.
la seringue perfora son bras avec la rapidité d'un éclair, il se crispa et serra les dents. Le bourreau répéta cette opération plusieurs fois avant de bien positionner le corps étranger dans ses veines, lui injectant le produit pendant qu'il se débattait.

« Le résultat sera le même. Mais juste pour te faire chier, je ne vais rien te dire... Rien n'est pire que l'ignorance.»

Soudain, ses poings se crispent, il bouge, essayant de se défaire de ces entraves diaboliques. Un flot d'injures provoqua l'hilarité du plus vieux, ce qui fit cesser toute activité dans la salle.
Pendant qu'il hurlait, son regard se posa sur Akira. Enfin, sur ce qui était sensé rester d'elle.
On pouvait compter ses plaies sur chaque surface de sa peau. Son visage était assez abîmé pour provoquer une grimace de dégoût. Son nez avait été coupé, ses joues entaillées, ses yeux à moitié brûlés. Tout son petit corps tremblait, elle semblait être à bout.

Il continua sa lutte désespérée jusqu'à ce qu'il ne s'arrête. Soudainement, comme si son corps n'était plus qu'un mur. Les deux adultes se mirent à sourire lorsqu'il mit une main à son abdomen, se pliant en deux, puis s'effondre comme il le pouvait à genoux. L'un des deux bourreaux s'approcha de lui et le libéra de ses entrailles, l'écrasant au sol. Il était à quatre pattes, suffocant.

« Ça commence enfin ?»

Le visage de Nanashi se tordit d'une manière macabre, sa nuque se tendit. Sa respiration accélérait encore, semblable à celle d'un asthmatique en phase terminale.
Il roula sur le dos, tout son corps crispé. Sa mâchoire, ses poings... Son corps tremblait, ses yeux étaient exorbités. Démesurément exorbités. Les larmes coulent d'elles-mêmes, s'effaçant sur le bitume sale.

« Impressionnant...
- Voir les effets en vrai, c'est terriblement amusant..»


Il roula sur le côté, repliant ses jambes sur lui-même. Il gémissait des choses incompréhensibles. La première crise arriva, toute sa musculature fut tétanisée. Il s'appuyait sur le sol au maximum, hurlait de douleur.
Ça dure deux minutes. Une éternité.
Alors, il se décontracte lentement, se repliant sur lui-même. Les soubresauts étaient toujours là, les gémissements tragiques emplissaient encore toute la salle. Il essaie de fermer ses yeux trempés, la faible lumière de l'ampoule rouillée lui semblait aveuglante.

« C'est terrible, hein Kurushimi ?
- Il nous entend au moins ?»


Il l'entendait si bien qu'il avait l'impression de n'entendre que lui. Ça déclencha une deuxième attaque, qui amusa les deux tortionnaires.

« Les nerfs à fleur de peau... Ça lui convient tellement bien !»

Il n'arrivait même plus à crier tellement ses mâchoires étaient crispées. Sa colonne vertébrale se plia dans le mauvais sens, il suait des larmes glacées.
Au bout d'un moment, le plus gros des deux eut un mouvement de recul. Lui qui avait pourtant accompli les choses les plus atroces, il commençait à douter du fait qu'il allait supporter cette vision. Son acolyte lui jeta un regard. Terrifiant, noir, fou.
Et merde, il est encore là, lui.

Le jeune de seize ans sortit vivant de sa deuxième crise. Ses dents s'entrechoquaient violemment, le froid commençait à le consumer.

« Nanashi, j'ai l'antidote dans ma poche, tu sais... Alors avoue. Avoue tout ce que tu lui as fais.»

Une troisième crise, d'autant plus terrifiante que les précédentes. Ils eurent tout deux un mouvement de recul. On aurait dit un pantin désarticulé, un marionnette possédée. On pourrait avoir l'impression qu'il va se briser en mille morceaux, dans un ultime spasme.

« Avoue et je te donne l'antidote !»


L'adulte le plus grand avait hurlé, sous le regard hagard du deuxième. Avouer quoi ? Lui-même ne savait pas de quoi parlait son acolyte. Avait-il quelque chose à régler avec lui ?

« Allez fumier !»

Il aurait bien voulu lui avouer, mais il ne savait pas de quoi il parlait... De plus, dans cet état là, il ne pouvait pas parler. Il lui donna un coup dans les hanches. Dès lors, la quatrième suivit la précédente. Il devint aussi raide qu'un cadavre, il s'étranglait. Ses voies respiratoires se bloquaient, ne laissant qu'un minime filet d'air remplir ses poumons. Il sentait déjà son coeur battre un peu moins vite, un peu moins fort, d'une manière un peu moins vivante.

Il se tut pour le soulager un peu. Ses muscles se décontractèrent un peu, quelques parties de son corps purent toucher le sol.

C'était passé vite pour les bourreaux, mais pour le jeune homme, cela durait depuis une éternité. Il était minuit, à présent.
Il n'allait pas tarder à crever.

Le plus vieux poussa un cri de rage, suivit d'un "Je vais te laisser crever comme une chienne, enfoiré !" qui déclencha une cinquième crise chez l'adolescent. Seule sa tête et la pointe de ses petites pieds nus touchaient le sol, le reste restait en l'air d'une manière macabre, se tordant, se contractant, se tendant.
Sa figure devint bleue, ses lèvres violettes. Ses yeux devinrent rouges, sa respiration plus rare.

On aurait dit un poisson qui venait d'être pêché, bondissant sur la terre ferme, rebondissant d'une manière pathétique, combattant avec une mort évidente.
Oui, Nanashi était convulsé par la mort.

Soudainement, d'autres bruits de pas se firent entendre dans la bâtisse inconnue. L'un des adultes put entendre un "Police, ne bougez plus !", avant de virer au pâle.

« On se tire, Ginsuke ! Les flics sont là !»

Le plus gros partit en courant vers le fond de la salle, redressant un tapis dissimulé sous la crasse, faisant tomber une boîte de pilules. Ils avaient la figure blême, le teint livide, le coeur bondissant, la peur accrochée aux tripes.

Alors le tortionnaire adressa un dernier regard à sa victime qui se convulsait avant de courir vers son acolyte, faisant tomber une seringue à terre.

« Putain de merde !
- Laisse tomber, on a plus le temps !»

Avant de suivre son camarade, le plus grand des deux fuyards lui adressa un sourire amusé. Le regard du jeune homme trahissait toute son incompréhension, toute sa souffrance, toute sa détresse.

« Tu ne sauras jamais pourquoi.»

E c'était bien le pire des traitements que de ne pas savoir quelque chose de primordial.
Les deux silhouettes disparurent dans la sombre pénombre. Le jeune homme, prit d'un élan d'espoir, essaya de tendre sa main crispée vers la seringue qui était à un mètre de lui. Son poignet déboîté se tordait dans le mauvais sens, en essayant de se mouvoir vers l'antidote.
Plus que quelques centimètres avant de réussir à l'attraper.
Il y était presque. Maintenant, il frôlait le bout de plastique froid. Un sourire soulagé se mélangea aux larmes qui coulaient sur ses jours et à la peur qui s'était imposée ses derniers jours.
Il réussit à prendre dans la paume de sa main la seringue, il la serra avant de tenter de plier son bras. C'est bon, je suis sauvé ? Je vais quitter cet endroit... Ce cadavre... Et cette torture !
Un sourire incontrôlé s'afficha sur son visage avant de diriger la seringue vers le trou qu'avait fait la première juste avant.
La pointe de la seringue avait pénétré sa peau avec un peu de mal, la grimace incontrôlée du jeune accompagnant ses gestes.
Il appuya doucement sur le haut de seringue, injectant quelques gouttes du produit dans ses veines.
Pas assez rapide.

Il entendit une porte claquer.
Il lâcha la seringue qui tomba lourdement sur le bitume froid.
Ce fut sa sixième crise.
La dernière.


Tic... Tac... Tic... Tac... Tic... Tac....



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MessageSujet: Re: 1008 - N'oublie jamais - [Kurushimi Nanashi]   Jeu 22 Mai - 21:01


1008
N'oublie jamais.



Jour 275

Tic, tac, tic, tac, tic, tac...

Deux cent soixante quinze porte brisée - Réprobation.

Il ressentit une douleur au niveau du crâne, et s'éveilla avec difficultés. Toujours des cris, encore et encore. Davantage jour après jour, douloureux heure après heure.

J'espère que je suis mort... Juste pour ma santé mentale.

Combien de fois avait-il tenté de comprendre pourquoi revivait-il sa mort ? Il ne comptait plus. Ce serait comme vous demander combien de tranche de pain avez-vous mangé cette année. Non, il ne pouvait pas compter. Il ne le pouvait plus.
Ses yeux mouillés par les larmes qu'il avait vraisemblablement versé depuis exactement deux cent soixante quinze jours semblaient aussi rouges que la couleur de son propre sang.

L'enfer a déjà prit le contrôle.


Après tout, ils étaient deux individus différents. Pourquoi les avoir choisis ? Il y songeait depuis de dix août. Jour de sa condamnation.

Le ciel m'a maudit. Les dieux t'ont bannie.

La douleur était tellement présente qu'il ne voyait qu'elle : Un être invisible, sadique, sans cœur et sans conscience. Avant, son âme et son cœur étaient en désaccords par rapport à son être empli de remords.
Maintenant, il ne savait plus faire la différence.

« Belle journée, n'est-ce-pas ?»

Il ne s'enfonça même plus dans le mur pour tenter en vain de repousser son exécution. A quoi bon..? Il était mort deux cent soixante quinze fois maintenant ; une de plus ou une de moins... Nanashi eut même le courage de le regarder méchamment.

Ce connard observe à chaque fois mes peurs me détruire.

Peu importe s'il essayait de dormir, peu importe s'il essayait de s'enfuir ; l'enfer le rattrapait bien assez vite. Mon dieu, mais laissez-le en paix... Ne pouvait-il pas avoir un moment de répit ? Lui, qui avait vécu jusque là des choses qu'aucun être encore vivant n'avait vécu, ne pouvait-il pas partir enfin..? Même le véritable enfer semblait moins douloureux comparé à cette torture.


« Tu veux du café ?»

Un sourire déforma son visage, et contre toute attente, il explosa de rire dans la salle sombre. Les cris avaient cessé, les gesticulations également. Chaque individu s'était stoppé dans ses actes, même la jeune fille qui essayait pourtant de fuir.
Il n'avait plus toute sa tête, le pauvre gosse.

« Ahahahaha... Ahahhahahahahahahahaha !»

Des larmes coulaient encore sur ses joues pales, sales et malmenées. Mais cet air triste que donnait ces quelques gouttes ne correspondait plus du tout à la folie naissante que contenait son regard, son sourire, et son propre visage. Son corps était parcouru de spasmes musculaires, comme si bouger ne serait-ce qu'un minimum avait déclenché en lui une fureur nouvelle.

Après quelques minutes qui semblèrent une éternité pour les antagonistes, le rire se tut, laissant place à quelques soubresauts et quelques soufflements. Il avait rebaissé sa tête en avant, pour que l'on ne voit pas cet air de folie destructrice qu'il avait refoulé en lui ; cette folie dont la souche était bien évidemment son cher et tendre père.

« Ginsuke, ce gamin me fait flipper...»

Le plus gros était parcouru de frissons le long de son échine, et sa face était peinte d'une terreur naissante envers le garçon. Ce rictus effrayant semblait plus effrayant encore que deux hommes qui vous torture pendant environ dix mois.
L'autre, au contraire, semblait être prit d'une colère nouvelle. Comme si il s'autorisait lui seul à être le seul taré.

« Les animaux pas bien dans leur tête, on les met en cage.»

Il reçut plusieurs coups à la suite dans la crâne, le faisant hurler de rire tandis que les larmes ruisselaient. Peu après, il tomba dans l'inconscience, toujours en pouffant de rire.

« Totalement taré, ce pauvre gosse.»

Tic... Tac... Tic... Tac... Tic... Tac....

Il s'était réveillé dans une autre pièce, allongé à-même le sol froid. Oui, on l'avait séparé de la seule personne qui lui rendait encore une conscience humaine... Il tenta de bouger ses bras, il y arrivait sans peine. C'étaient ses jambes qui lui jouaient des tours... Comme si elles pouvaient ne pas se libérer de ces entraves..! Oui, il avait les chevilles liées. Il ouvrit ses yeux sombres et détailla la pièce.
Murs délavés, d'un noir inquiétant. Barreaux de prison, menant certainement au couloir qu'il avait emprunté il y a environ deux cent quatre vingt jours. Sol sale, empli de son sang qui coulait encore de ses veines ouvertes.
Son corps semblait assez résistant pour ne pas mourir maintenant.

Il rampa jusqu'aux barreaux en fer et les agrippa de ses mains faiblardes, salies et ensanglantées. Ses ongles, d'une couleur pourpre, étaient aussi courts que sa respiration qui avait accélérée lorsqu'il avait vu son tortionnaire devant lui, un sourire aux lèvres.

« Et bien, sale chien ? Tu décides enfin de ramper à mes pieds..?»

Il s'accroupit juste en face de lui, n'ayant aucunement peur de ce que ce faiblard de Nanashi pourrait lui faire. Le plus jeune tendit sa main vers lui, les larmes aux yeux, menaçant de tomber dans quelques instants.

Puis, un rictus froid se dessina sur son visage. Il attrapa d'une poigne ferme la chevelure courte de l'adulte et, sans le laisser réagir, tira son visage vers lui pour le cogner froidement contre les barreaux. Les cris d'effroi de l'adulte et les rires incontrôlés de l'adolescent ne firent plus qu'un et, continuant de déformer le visage de son bourreau, il se plu à observer le sang couler des blessures qu'il lui faisait.
L'adulte essaya de se débattre, bien sûr. Mais Nanashi le tint comme si sa vie en dépendait : il faudrait qu'il s'arrache les cheveux pour se sortir de sa poigne.

Le plus gros, alerté par ce boucan, arriva dans la salle et envoya une décharge électrique au jeune homme. Celui-ci hurla et, instinctivement, lâcha sa prise et s'écarta brusquement des barreaux, faisant son possible pour s'éloigner de cette arme non létale, comme un animal apeuré.

« Tu vas bien, Ginsuke ?!
- Ah l'enculé... Je vais lui défoncer la gueule, à ce petit fils de pute.»


Le jeune homme hurla un « Sale connard ! Je te hais ! Je vous hais je vous hais je vous hais je vous hais je vous hais !». Les deux hommes, provoqués par la mine supérieure qu'abordait le petit, ouvrirent une porte qu'il n'avait pas aperçu et entrèrent dans la cellule. Il avait de quoi être fier... Il venait de défigurer celui qui le maltraitait depuis presque trois cent jours.

Les deux antagonistes se ruèrent sur le plus petit, le rouant de coups et d'insultes. Le petit se défendit comme il le pouvait, mais finalement, il ne fit que crier et rire à en perdre la voix.

Kurushimi Nanashi mourut pour la deux cent soixante seizième fois. Battu à mort.

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MessageSujet: Re: 1008 - N'oublie jamais - [Kurushimi Nanashi]   Jeu 29 Mai - 13:07


1008
N'oublie jamais.



Jour 1008

Tic, tac, tic, tac, tic, tac...

Mille huitième porte brisée - Perpétration.

Il ouvrit difficilement les yeux, observant avec lassitude le spectacle qu'on lui avait offert quelques centaines de fois. Il ne pouvait plus dire combien de temps il était resté ici... Peut-être des millions, ou des milliards de jours, qui sait ? Il sourit légèrement en songeant à sa règle habituelle, lorsqu'il était encore "vivant" : ne jamais perdre le fil du temps.
En plus d'avoir perdu ce fil là, il avait perdu son humanité et sa santé mentale.
Il en était exténué.
Il voulait partir.
Fuir aussi loin que ses jambes le lui permettraient.
Et ensuite, il se suiciderait dans un fossé, qui sait ?

« Belle journée, n'est-ce-pas ?»

Il ne prit pas la peine de redresser la tête. En plus d'avoir perdu tout ce qui faisait de lui un être humain, il avait perdu tout espoir de pouvoir sortir d'ici. Et puis, de toute façon, pourquoi sortir d'ici ? Au fond, il se plaisait dans cette douleur.
Petit masochiste.

« Tu veux du café ?»

Il soupira, ne répondant même pas à la proposition si gentille de son bourreau. Apparemment, celui-ci n'aimait pas les vents : il lui mit un coup de genoux dans l'abdomen, qui lui servit à faire ouvrir la bouche du plus jeune pour glisser le liquide dans sa gorge.

Nanashi toussa un moment, ayant été étouffé par le liquide qui avait fait soudainement irruption dans son oesophage. Il n'écoutait pas l'adulte qui se plaisait à décrire sa "future" torture, et nouvelle mort. Non, il avait entendu ça trop de fois. Il l'avait également trop subit, probablement.

« Tu m'écoutes, petite merde ?»

Il daigna enfin redresser son regard sombre vers l'adulte, qui semblait assez en colère. Était-ce parce que le garçon semblait totalement indifférent à son discours ? Probablement. Il avait besoin d'attention, cet assassin.
De toute manière, lorsqu'il se tordra à ses pieds, il sera satisfait. Il ne pouvait pas rester nonchalant bien longtemps.

Soudainement, il posa sa main à son abdomen, se pliant en deux, puis s'effondra comme il le pouvait à genoux. Le plus gros des deux, ayant sûrement terminé sa petite torture avec la jeune fille, se tourna vers le spectacle. Le bourreau s'approcha de lui et le libéra de ses entraves. Nanashi s'écrasa sur le sol, à quatre pattes, suffocant.

« Ça commence ?»

Le visage de Nanashi se tordit d'une manière macabre, sa nuque se tendit. Sa respiration accélérait encore, semblable à celle d'un asthmatique en phase terminale.
Il roula sur le dos, tout son corps crispé. Sa mâchoire, ses poings... Son corps tremblait, ses yeux étaient exorbités. Démesurément exorbités. Les larmes coulent d'elles-mêmes, malgré ses efforts pour les contenir, s'effaçant sur le bitume sale.

« C'est assez macabre...
- Ta gueule et observe.»


Le plus gros se tut, exécutant l'ordre de ce qui semblait être son "chef". Le plus jeune roula sur ses côtes, repliant ses jambes sur lui-même. Il gémissait des choses incompréhensibles. La première crise arriva, toute sa musculature fut tétanisée. Il s'appuyait sur le sol au maximum, hurlait de douleur.
Ça dura deux minutes. Une éternité.
Alors, il se décontracta lentement, se repliant sur lui-même. Les soubresauts étaient toujours là, les gémissements tragiques emplissaient encore toute la salle. Il essaya de fermer ses yeux trempés, la faible lumière de l'ampoule rouillée lui semblait aveuglante.

« C'est terrible, hein Kurushimi ?
- Il nous entend ?»


Il l'entendait si bien qu'il avait l'impression qu'il lui criait dans les oreilles à l'aide d'un interphone. Ceci déclencha une deuxième attaque, qui amusa les deux tortionnaires.

Il n'arrivait même plus à crier tellement ses mâchoires étaient crispées. Sa colonne vertébrale se plia dans le mauvais sens, il suait des larmes glacées.
Au bout d'un moment, le plus gros des deux eut un mouvement de recul. Il avait peur. De quoi ? Il ne savait pas... Cette petite victime lui avait semblé différente, par rapport au garçon que l'on avait emmené ici, le dix août. Il avait une présence oppressante, destructrice, terrifiante.
Oui, il avait peur d'un gosse.


Le jeune de seize ans sortit vivant de sa deuxième crise. Ses dents s'entrechoquaient violemment, le froid commençait à le consumer.

« Nanashi, j'ai l'antidote dans ma poche, tu sais... Alors avoue. Avoue tout ce que tu lui as fais.»

Une troisième crise, d'autant plus terrifiante que les précédentes. Ils eurent tout deux un mouvement de recul. On aurait dit un pantin désarticulé, un marionnette possédée. On avait l'impression qu'il allait se briser en mille morceaux, dans un ultime spasme.

« Avoue et je te donne l'antidote !»

L'adulte le plus grand avait hurlé, sous le regard hagard du deuxième. C'était la première fois qu'il connaissait sa victime... Était-ce prévu ?

« Allez fumier !»

Encore une fois, il ne savait pas de quoi il parlait. Et puis, comment faire pour parler dans un tel état ? Il lui donna un coup dans les hanches. Dès lors, la quatrième crise suivit la précédente. Il devint aussi raide qu'un cadavre, il s'étranglait. Ses voies respiratoires se bloquaient, ne laissant qu'un minime filet d'air remplir ses poumons. Il sentait déjà son coeur battre un peu moins vite, un peu moins fort, d'une manière un peu moins vivante.

Il se tut pour le soulager un peu. Ses muscles se décontractèrent un peu, quelques parties de son corps purent toucher le sol.

Le plus vieux poussa un cri de rage, suivit d'un "Je vais te laisser crever comme une chienne, enfoiré !" qui déclencha une cinquième crise chez l'adolescent. Seule sa tête et la pointe de ses petits pieds nus touchaient le sol, le reste restait en l'air d'une manière macabre, se tordant, se contractant, se tendant.
Sa figure devint bleue, ses lèvres violettes. Ses yeux devinrent rouges, sa respiration plus rare.

On aurait dit un poisson qui venait d'être pêché, bondissant sur la terre ferme, rebondissant d'une manière pathétique, combattant avec une mort évidente.
Oui, Nanashi était convulsé par la mort.

Soudainement, d'autres bruits de pas se firent entendre dans la bâtisse inconnue. L'un des adultes put entendre un "Police, ne bougez plus !", avant de virer au pâle.

« On se tire, Ginsuke ! Les flics sont là !»

Le plus gros partit en courant vers le fond de la salle, redressant un tapis dissimulé sous la crasse, faisant tomber une boîte de pilules. Ils avaient la figure blême, le teint livide, le coeur bondissant, la peur accrochée aux tripes.

Alors le tortionnaire adressa un dernier regard à sa victime qui se convulsait avant de courir vers son acolyte, faisant tomber une seringue à terre.

« Putain de merde !
- Laisse tomber, on a plus le temps !»


Les deux silhouettes disparurent dans la sombre pénombre.  
Le jeune homme ne prit même pas la peine d'essayer d'attraper la seringue... Il ferma alors les yeux et attendit que la mort le prenne avec lui, encore une fois.
Il semblait dans une léthargie nouvelle, un entre-deux-crises qui semblait durer une éternité. Il entendait son coeur battre à pleine vitesse, il sentait ses poumons se délecter du peu d'air qu'il pouvait leur offrir.
Alors, il sentit une pointe dans son organisme.
Une seringue.

Il ouvrit soudainement les yeux, surprit de n'avoir rien entendu. Et ce qu'il vit lui laissa un arrière goût de stupeur en lui.
Akira.

Elle appuya sur le haut de la seringue, injectant l'antidote qu'il avait convoité à chaque fois qu'il était dans cet état. Il la regardait, effaré, tandis qu'elle lui souriait.
De suite, elle prit les pilules que le gros avait fait tomber, et ouvrit doucement la bouche du garçon pour les lui glisser dedans.

« Je ne savais pas que tu endurais ça suite à ma mort... C'est terrifiant, commença -t-elle en murmurant.»

Elle posa ses fesses endolories sur le bitume froid et déposa la tête du jeune martyr sur ses genoux salis par le sang et quelques autres substances. Il l'observait, de ses yeux encore sombres et dilatés par la surprise et les pleurs précédents.

« Je suis désolée, Nanashi... Tellement désolée... Par ma faute, tu as tellement souffert que tu en es devenu fou.»

Il sentait son corps se détendre un peu, le sommeil venait petit à petit le cueillir. Mais il ne pouvait pas dormir. Pas maintenant. Il ne pouvait pas parler, mais...
Était-il sauvé ?
Malgré lui, quelques larmes vinrent piquer ses yeux rouges à cause des gouttes de pluie qu'il avait versé.
Il était faible. Tellement faible que c'était celle qui avait failli détruire sa vie par le passé, qui l'avait sauvé.

« Ce n'est pas la peine de te forcer à parler, mais... Saches que je ne t'ai jamais aimé.»

Un autre poignard. En pleine poitrine. Une goutte tomba.

« Je sais que je vais mourir... Alors venges-moi. Juste pour me prouver que tu as bel et bien eu des sentiments à mon égard...»

Quelques larmes inconnues vinrent couler sur le visage du garçon. Elle pleurait aussi, malgré l'air apaisé qu'elle tentait tant bien que mal d'afficher sur son visage.

« Tu es tellement idiot et naïf... Tu es tellement... Détestable et pourtant aimé... Tu es... Tellement... Beau et gentil... Trop gentil... Je te hais.... Je te hais tellement, si tu savais... Tu es tout le contraire de moi...»

Malgré ses sanglots, il devinait que sa respiration était en train de ralentir. Sa vue commençait à devenir floue à cause de l'inondation imprévue que ses yeux essayaient de combattre. Il arrivait à murmurer des "non, non..." assez incompréhensibles.

Elle vomissait sa rage. Son désespoir.

« Mais... Je veux que tu saches que tu étais important pour moi... Vu que tu m'as permis de m'amuser un petit bout de temps.»

Un dernier sourire, noyé par des larmes. Un dernier soupir, étouffé par des sanglots. Un dernier rire, effacé par le silence.

Il écarquilla davantage les yeux, se redressant au fur et à mesure que son corps tombait en arrière. L'inondation se transforma en tsunami, recouvrant presque entièrement son visage. Ses sanglots se firent plus puissants, et ça, il ne pouvait plus les contenir.
Alors, il se redressa péniblement sur ses genoux pour observer le corps désormais sans vie de son ex-petite amie.
Et lorsqu'il vit ce sourire sur son visage, il hurla, sans entendre les pas précipités des intrus qui avaient fait fuir les tueurs en série.

Il ne prêta pas attention aux cinq policiers qui étaient entrés dans la salle sombre et sale ; son regard ne pouvait pas quitter le cadavre encore frais de la jeune fille.

« Un gosse... Oh mon dieu...»

Une femme s'avança doucement vers lui, essayant de retenir un vomissement à la vue de son corps malmené.


Son dernier souffle... M'a sauvé.


« Excuse-moi... Comment tu t'appelles ?
- Hey, c'est pas le gamin qui a disparu il y a cinq jours ?»


La jeune femme s'accroupit devant lui, croisant son regard noyé par la pluie. Il était convulsé par les sanglots, son visage se déformait au fur-et-à-mesure que ceux-ci devenaient plus puissants.


L'agonie n'aurait pas pu me laisser partir..? Elle n'aurait pas pu cesser de me tourmenter..?


« Regarde l'état dans lequel il est... Il faut appeler une ambulance.
- Tais-toi, Ginsuke !»


Il redressa avec stupeur son regard vers le policier qui avait parlé. Il se détendit lorsqu'il se rendit compte que ce n'était pas son bourreau...
Et juste avant de sombrer dans les ténèbres, il déclara d'une voix faible, presque inaudible :

« Nanashi... Je suis Kurushimi Nanashi...»

Son esprit divagua un peu, et il sentit les mains de la jeune femme retenir son corps.


Ne m'enterre pas, ennemi sans visage...  Je veux vivre encore un peu...


Kurushimi Nanashi fut sauvé lors de son mille huitième jour de torture. Il en sortit avec un tatouage en dessous de sa clavicule gauche, des cicatrices, des plaies, beaucoup de blessures, et des traumatismes. Des phobies, aussi.
Oh, il semblerait qu'il ait abandonné sa santé mentale dans cet endroit insalubre, aussi.
C'est bête.
Pauvre Akira. Pauvre Nanashi.


Tic... Tac... Tic... Tac... Tic... Tac....


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MessageSujet: Re: 1008 - N'oublie jamais - [Kurushimi Nanashi]   Jeu 29 Mai - 15:00

Kurushimi Nanashi a écrit:
Il voulait tout savoir. Le nom complet de ses bourreaux, peut-être pour les retrouver et se venger. Ce qui les avait poussé à faire ça, que ce soit un évènement passé ou futur. Peut-être quelques informations complémentaires, juste pour en savoir un peu plus sur leur être.
Mais surtout, il voulait savoir ce qui faisait d'eux des criminels. Il voulait savoir à quel point ils étaient dangereux, haineux, peu fréquentables et détestables.
Oui, Nanashi voulait savoir.
Et jamais il n'avait voulu autant savoir qu'aujourd'hui.


curiosity killed the cat

Une jeune femme, probablement pas plus de trente ans, apparaît devant votre regard flou. N'étiez vous pas censé être mort? « Tu es bien curieux. » la jeune femme constate. Mort...? Vous êtes mort, c'est cela. Vous avez réussi à vous en sortir, et pourtant, vous voilà dans les ténèbres absolues de la mort. « Si c'est ce que tu souhaites, alors j'exaucerai ton voeu. » Votre conscience floue s'interroge, quel voeu? « Tant que tu oublies tout ce qui s'est passé ici, d'accord? » Oh, oui! Vous voulez oublier cet affreux cauchemar. Les yeux de la jeune femme devinrent rouge. « Toi qui voulait tout savoir sur les criminels de votre monde, te voilà désormais possesseur des Justness Eyes. Tes yeux te permettront de tout savoir sur les gens, et de connaître le traumatisme des criminels.  » La jeune femme se retourne et s'enfonce dans les ténèbres, vous laissant confus. « Amuse-toi bien. »

Et vous vous réveillez, vos yeux rouges, ayant oublié votre séjour au Kagerou Daze ainsi que cette étrange dame.

______
Justness Eyes
Permet au possesseur de voir le nom et quelques informations au sujet de la personne qu'il regarde, ainsi que le pourcentage de criminalité sur 500. Si la personne a un coefficient supérieur à 150 et qu'il a un contact physique avec lui, sa capacité lui permet également d'avoir une vision à propos de cette même personne, future ou passée.

__________

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1008 - N'oublie jamais - [Kurushimi Nanashi]
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